17/07/2026
Musique (746)
Ein Walzer für Kairos
Goataholic
18:53 | Lien permanent | Commentaires (10)
Carte blanche (74)
Laissée à Kobus van Cleef
Crépuscule des vampyrs et continent obscur
Trente-neuvième partie
On analyse donc la dépouille en cailloux
On décide, d'emblée, sans barguigner qu'il s'agit d'un européen, blanc et catholique de surcroît et qu'il a âgé d'environ cinq décennies
Mais pourquoi blanc ?
Mais enfin les enfants, la capacité crânienne, la finesse des traits, la pâleur marmoreenne des téguments qui laisse transparaître le bleuté du schiste dans lequel il est inclus !
Pour moi, oui, il ne peut s'agir que d'un européen...
Et le membre, là, le membre, européen aussi, européen toujours !
Nous en sommes les découvreurs, nous le baptiserons donc de nos initiales accolées suivant le nom générique "homo", un peu comme homo habilis, voyez ?
D'emblée je me mets à la fin, après tout, je suis arrivé en dernier, qui d'entre vous s'est cogné l'hallux dedans ?
C'est Bruno-Louis, s'exclame le petit !
Qui ensuite a eu l'idée de jetter un œil ?
C'est Umberto !
Et qui m'a prévenu ?
C'est Roderick !
Hé bien voilà, l'affaire est entendue, nous prénommerons le fossile Blumrok, homo blumrokensis
Et le cœur en fête, tout à la joie du savoir nouvellement acquis, nos gentils troupiers remontent le sentier vers le parking
Fatalitas !
Deux gousbyres brutalement musclés les attendent près de la bagnole du kobs (diesel, 20 ans d'âge, vignette critair 5, ou pire, si c'est possible)
Klimat enforcement administration, veuillez nous suivre
Gneu ?
Les mecs répètent
Le petit vieux ne pige pas mieux
Il détaille le costume des mecs
Treillis verdâtre, siglé d'un logo qu'on croirait sorti du concours de dessin de la communale de Neuilly, un arbre feuillu dans un cœur formé des mains en coupe d'un (une ?) humain (humaine ?), le tout surmonté d'un oiseau stylisé
En dessous, fièrement, l'acronyme KEA
Et la devise "pour que plus jamais la kanikule et la tempête"
Mais nom de djieu, kes ke c'est que ça encore ?
Il s'enquiert donc fort civilement ( le moyen de faire autrement....les mecs sont musclés, suintant la testostérone et la frustration par tous les pores de la peau, en plus d'être sur armés, on devine des équipements complexes et létaux dans les poches cargo de leurs falzars, des menottes pendent à leurs ceintures et un pare balles leur fait un thorax d'emphysemateux) du corps de rattachement des gusses, de leur raison sociale et surtout, surtout, des raisons de son interpellation
Monsieur, ne discutez pas, nom, prénom, date de naissance, permis carbone
Et plus vite que ça !
Vous avez une autorisation pour vous être reproduit, ces enfants sont à vous, vous avez le livret de famille ?
Carte grise du véhicule, résultats du test antipollution !
Allez, kes ke vous attendez !
Les mecs, en l'etourdissant de questions et d'invectives l'ont déstabilisé, ils ont amorcé un mouvement tournant qui, peu à peu, l'a acculé contre la carrosserie de sa vieille bagnole, ils se renvoient la balle et à chaque phrase de l'un puis de l'autre, kobus tourne la tête de gauche puis de droite
À la longue, ça en vient à l'excéder, il croise les bras sur son torse qu'il a courtaud, un peu tremblotant, il décide de faire sa tête de lard, d'autant que les gosses le regardent un peu étonnés par son absence de réaction
Je ne répondrai qu'en présence de mon avocat, faut bien trouver une utilité à la bazoche, et le premier qui me touche je lui en colle une
Ho sainte mère de djieu, kes kil a pas dit....
Le balaise le plus proche amorce une subtile reptation de la main droite vers le holster de cuisse, lourdement chargé d'un truc à visée clairement homicide, fait de métal noir et de polymere plastoc gris, avec quelques diodes luminescentes qui clignotent dessus, le kobs l'a vu du coin de l'œil, il feinte donc vers l'acolyte du mec, lequel acolyte recule, porte la main à sa radio qui clignote sur son torse
La suite est prévisible, le premier gus attrape un truc dans sa gaine, dégageant une voie royale vers son entrejambe, kobus shoote dedans , une talonnade de vieux, ça envoie quand même du bois, le mec se plie en deux et gerbe son petit déj'
L'autre abandonne sa radio pour saisir sa matraque, kobus le repousse illico vers la vieille voiture, perte d'équilibre toussa, le vieux chope un mouflet par une aile, actionne la poignée de la caisse....maverdave fermée !
Le temps qu'il fouille dans sa profonde pour la clé des champs, une décharge de tazer le foudroie sur place
Boum
Rideau
Il reprend conscience en arrivant au sol, tétanisé par la décharge elektrik
Il a à peine le temps d'entendre le plus grand des gamins (14 ans aux colchiques) brailler "pouliss partout, djustiss nul'part !"
Puis de voir du coin de l'œil les promeneurs du sentier côtier applaudir les forces de l'ordre, comme toute populace soumise en régime bananier
Le voilà retourné à plat ventre comme une crêpe, menotté avec du serflex (usage unique, en plastique), chargé dans une petite cariole que le plus balaise des deux chicorneur traîne derrière son vélo
Ha mon gaillard, tu vas en baver si tu crois déplacer le kobs à la force du mollet...
Penses tu !
Le vélo est électrifié pour le moteur, ce con de kebourdin se paye même le luxe de lâcher le guidon dans la montée
Le gros kobus hurle à s'en faire péter les poumons "et les gosses, bordel de djieu, vous les laissez seuls ? Je vais prévenir la LDH, la protection de l'enfance et les rezozozios, ça va chier velu, y aura l'IGPN , vous êtes pas sortis du pétrin, croivez moive ou pas, je lâcherai pas l'affaire !"
Le pédaleur, tout à son boulot de déplacer le quintal de viande sénescente, ricane "tes gosses, y ziront à la DASS, couillon, et c'est pas demain que tu les reverra, si tu les revois un jour "
Le sang du vieux ne fait qu'un tour dans ses veines tortueuses, il s'arrache du petit chariot au bicycle accouplé et, pieds et poings liés, roule sur le bas côté
Ce voyant, le gousbyre à lui assigné par les hasards de la maîtrise enseignée à l'école de pouliss, le gousbyre donc bloque les freins, saute à terre, imité par l'autre, et les deux crétins se mettent en tête de récupérer l'ancêtre délinquant
Pour délinquant, ça délinque, espère !
Pour récupérer, c'est une autre paire de bretelles !
Le vieux se tortille dans les broussailles, qui, pour d'évidentes raisons ekolojik, n'ont pas été taillées et il disparaît,un moment seulement hélas, aux yeux de ses poursuivants
Pendant ce temps, sous la houlette du plus grand des mouflets, la marmaille s'échappe sur le bas côté, et, suprême injure faite aux représentants de la loi, entaille les pneus du biclou possédé par le gousbyre assigné à leur garde puis à leur récupération par les services idoines
Ça fait tchac et puis encore pfuit, les promeneurs, qui avaient applaudi à l'arrestation du gros, parce que force doit rester à la loi, merde quand même, les promeneurs donc sont tiraillés entre leurs deux surmoi, celui de droite, qui tend à réprimer les incivilités, celui de gauche, qui leur enseigne qu'il faut laisser faire les enfants, car comment voudrais tu qu'ils se construisent si on les emmerde toultemps ?
Le temps que le surmoi de droite ait pris le dessus sur l'autre, adieu pays !
Les gosses ont détalé, et pour les retrouver, à ta santé !
Maverdave, des prisonniers évadés, ça fait tâche sur un CV de milicien!
Les deux musclés s'activent donc à retrouver le vieux, lequel s'est coulé, mussé dans les herbes hautes puis la bruyère qui couvre la côte, malheureusement, la végétation sèche craque sous le poids du fuyard qui, avec ses mains entravées dans le dos et son gros bide ressemble à un boa qui aurait avalé un éléphant
Aussi mobile, aussi furtif
La patrouille ne met pas longtemps à le repérer
Alors mon gaillard, on pensait échapper aux rigueurs de la loi ?
Et ils lui collent une avoinée maison, à base de matraque et de coups de saton sur la trogne
Le vieux a la satisfaction, avant de tomber dans les pommes, de comprendre que la marmaille leur a échappé
Bravo les mioches, c'est toujours ça de gagné
Et il s'évanouit, pouf, d'un seul coup
Les gosses, eux, sont pas loin, ils ont assisté à la dérouillée de l'ancêtre, la façon dont il a encaissé les coups sans crier, sans moufter, mais ça les révolte quand même, tiens, c'est comme ça qu'on forge une génération d'anarchistes !
Une subtile reptation en marche arrière, a retro pour les puristes, les éloigne du couple de boxeurs ( qui ne sont pas un couple, du moins nous l'ignorons-pour le moment- et qui ne boxent que des adversaires à terre et entravés), le plus grand des mouflets a eu soin de bâillonner les deux autres, de ses larges pognes de préado, eût égard à l'horreur suscitée par la vue du dérouillage de l'ancêtre, vue susceptible d'entraîner des cris de protestation ( si vous avez compris, c'est que je me suis mal exprimé, comme d'habitude)
Et faut voir ces bougres maléfiques fouettant les hautes herbes de leurs matraques en eructant des imprécations, puis s'en allant, dépités après un message dans la radio protable accrochée à la bretelle du pare balles, l'un d'entre eux, le plus con, visiblement, reste pour surveiller les lieux, des fois que la marmaille serait restée terrée sur place
Mais compte là d'ssus et bois d'l'eau, après une éreintante progression à plat ventre puis à croupetons, les mioches ont mis les adjas bien à distance, leur petite taille, leurs vêtements délavés après de multiples lessives, leur connaissance quasi instinctive de l'environnement côtier, l'arrivée d'un groupe de randonneurs estrangers dans lequel ils se fondent leur assure la clé des champs en dépit des moyens mis en œuvre pour les rattraper ( des chiens, un hélico, des patrouilleurs dans l'eau en jet ski)
Et donc, dans ton ku, la force injuste de la loi !
Va chier dans ta caisse, législateur !
Clopin clopan, notre trio repart vers la chaumière améliorée, havre temporaire ( puisque les kebours vont venir tôt ou tard s'enquérir de la marmaille, des antécédents du délinquant sénile et des capacités financières du couple, capacités qui seront destinées à effacer l'outrage aux représentants de la loi et aussi peut-être un peu, à l'environnement)
Ils y arrivent par une vicinale en terre battue, toute encombrée de broussailles et de pièces de machines agricoles hors d'âge et d'usage, le plus grand, qui est décidément bien frisé des circonvolutions, lance un gravier sur le carreau de la cambuse où la grand mère expertise la provende restante ( ils ont eu des amis et le drapeau noir risque de flotter sur la marmite)
Après avoir lapidé la fenêtre, la légitime pige enfin et sort, un peu alarmée
Elle s'enquiert du quoi et du qu'est-ce, de l'état des fringues, déchirées et poussiéreuses, de la fatigue des mouflets, de l'absence de l'époux et de la bagnole ( surtout ça, nom de d'la, où avez-vous fourré la caisse ? tu crois qu'un diesel ça pousse dans les arbres ?)
Tout en grignotant une tartoche de pain de campagne enduite de miel, le trio fait une relation décousue des événements
À trois voix, si vous voyez
Il faut toute la patience ( oui) et le sens de la synthèse de grand mère pour reconstituer les événements et en prendre l'exacte mesure
Mesure qui est catastrophique
Mais ce vieux crétin n'avait rien d'autre à foutre que d'aller asticoter les autorités ?
J'en reviens pas d'être marida à un abruti pareil !
Fine mouche, elle se résoud à un plan d'action rapide, elle fait disparaître toutes traces de présence infantile dans la maison, couettes, slips négligés, doudous, peluches, maillots, hop à la lessiveuse
Dans le même temps, elle bat le rappel des bonnes âmes qu'elle connaît, susceptibles d'héberger temporairement nos jésus
Au bout du compte, ça fait pas lourd, mais on réussi, en dépit de la peur du gendarme, à placer les mioches dans une famille amie, à l'abri du regard inquisiteur de l'état tout puissant
Ouf
La réputation d'insoumission et de fraternité de la vronze n'est pas usurpée !
Il ne faut pas bien longtemps pour que les services idoines viennent fureter autour de l'estival logis, puisque, logiquement, ils se sont cassés les dents sur l'huis de la demeure hivernale ( putain, ça c'est de la littérature ou je ne m'y connais pas, allez pas prétendre le contraire), laquelle est désertée pendant la période chaude
C'est d'abord la gendarmerie qui vient sonner
Ding dong, est-ce ici que gîte le dénommé van cleef, kobus de son prénom ?
Si fait, répond la maîtresse des lieux, fermement campée sur ses jambes sans défaut, les bras croisés sous une poitrine qui fut jadis émouvante, qui le demande ?
Ha, c'est pour une enquête de proximité, de moralité, une enquête, quoi
Allez y mes braves, enquêtez, dit la dame, qui sait s'adresser à des subalternes, en effet, les manches des zuni ne sont ornées que de ficelles
12:56 | Lien permanent | Commentaires (20)
Carte blanche (73)
Laissée à br
Très humble proposition
// 5
Quoi qu'il en soit, ce plan exige simplement le concours de quelques hommes d'influence, que vous trouverez sans peine aucune -- ils n'ont pas à être brillants, juste dépourvus de toute conscience morale. Ils sont déjà parmi vous, chez les Compagnons de la Gamelle.
En vérité, je ne vois aucune objection sérieuse à cette modeste proposition. Qu'on m'en présente une qui soit à la fois plus rationnelle, plus élégante, moins onéreuse, et je m'inclinerai.
[...]
Un dernier mot, Madame le Ministre : vous pourriez me soupçonner, bien injustement, de me divertir à vos dépens ou pire, de vouloir provoquer votre perte. L'évident manque d'art de cet ultime texte est bien la marque de mon sérieux : aurais-je simplement voulu briller ou nuire, que j'aurais soigné le fond et la forme ; je me suis sagement gardé de cette tentation, et je suis parvenu à ne pas vous faire l'affront d'allusions littéraires ou philosophiques hors de votre portée (ou du secrétaire qui ne saura pas lire ce courrier) ; je pense même avoir réussi à vous épargner la difficulté de comprendre mon propos, car je vous sais trop affairée au bien public pour avoir encore ce luxe, nuisible autant que désuet, que de savoir penser.
Relisant ces pages, je ne découvre toujours pas quelle objection tant soit peu pertinente un esprit rigoureux pourrait y faire, et je suis convaincu que la vérité s'en imposera universellement.
***
J’aime à penser que Swift, aux Enfers où il se trouve sans doute avec tous les mauvais esprits *malins*, a apprécié l’intention, sinon la réalisation, de cet hommage : un chômeur qui admet de bonne grâce son inutilité sociale, un chômeur qui refuse pourtant de jouer les parasites, un chômeur qui propose donc un plan efficace pour supprimer plus que le bétail : toutes les catégories d'*objets*, ou mieux : de *composants programmables* qui, pendant leur brève et sinistre existence, *détournent* l'argent légitimement destiné aux seuls maîtres et à leurs projets : chômeurs d'abord ; retraités, pauvres et malades ensuite ; ennemis enfin. Je le dois admettre : je n'étais pas entièrement mécontent d'allier ainsi "le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris". De manière plus essentielle, plus vitale aussi, j'espérais surtout donner une chance au hasard -- pour faire allusion à ce lucide propos de Martial, qui répondait à un provincial désireux d'apprendre comment [sur]vivre à Rome : "Eh bien ! si tu es intègre, tu peux compter, Sextus, sur le hasard..." ("Et encore, avec de la chance...", avais-je ajouté dans une version latine, me croyant facétieux, au temps lointain de ma khâgne). "Monumentale erreur" (John Slater) : une petite aptitude à "montrer les dés pipés, les cartes biseautées, les gobelets, les boites à double fond, les fausses clefs, les fausses serrures, les vrais visages" ne sert à rien.
07:58 | Lien permanent | Commentaires (0)



