13/07/2026
Carte blanche (69)
Laissée à br
Très humble proposition
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Il est venu, le temps des comptables assassins déguisés en philanthropes. Sont-ils fiers, tous ces salologés, d’avoir enfin franchi, menés par un foutriquet 2.0 au comble du bonheur de tuer *administrativement*, la première étape menant, pour la mafia étatique, au pouvoir de vie et de mort sur chaque individu – ou plutôt sur chaque "ressource" --, à chaque moment, sous les prétextes les plus ignobles et les plus grotesques. Encore deux ou trois amendements et ce sera l’état du droit, ce risible juridisme prétendu incontestable et sacré, garanti et protégé par les autorités et les armes européennes ("Nous avons la bureaucratie la plus morale du monde !"). Par défaut, l’esclave contemporain offrait déjà à ses grands maîtres ses organes ; ce sera bientôt son existence -- pour ses biens, c’est presque fait avec la progressive disparition du droit de propriété et la complète numérisation du monde, deux scélératesses parmi tant d’autres, évidemment acceptées par un bétail abject ne méritant que mépris et dégoût.
Il aura été beau, le règne du duumkronat biacéphale, capable d’ôter toute dignité à la haute idée du suicide philosophique maintenant définitivement sali, souillé même, aux yeux des derniers stoïciens.
Nos nuisibles abrutis ont beau avoir longtemps travaillé à leur projet mortifère, ils ont peut-être été précédés par la modeste proposition que voici, invraisemblable fantaisie qu’on prétendra imaginaire : toute collision avec le monde tel qu’il est ou qu’il a été ne serait que *coïncidence*, et désastreuse encore. Ses rares lecteurs l’ont appréciée ou ignorée ; elle mérite, ce me semble, une plus large diffusion alors que s’annonce, parmi les nouvelles ignominies de l’eurotyrannie, la fin des derniers espaces de liberté dans le monde virtuel – réseaux sociaux et blogs. Pour le monde réel, c’est déjà fait avec la fermeture, année après année, des derniers cafés et bistros réputés nuisibles à la santé publique.
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Pour ne pas lasser immédiatement un éventuel et improbable lectorat, le texte a été découpé en plusieurs sections inégales, un peu au hasard. La publication de chaque section suivante exigera quelques manifestations d'intérêt -- Pharamond ne comptera pas, obligé qu'il est de tout lire parce qu'il est le Directeur du Club. ;-) Sinon, eh bien, le récit s'arrêtera *in medias res* comme les feuilletons des années 80. Tout le monde y survivra.
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Je vous imagine et même je vous espère, Madame le Ministre, sensible au triste spectacle de ces chômeurs qui, anonymes et honteux spectres modernes, hantent en grand nombre les cités de cette Europe sociale, démocrate et libérale à laquelle, comme vos illustres géniteurs, vous avez voué votre existence, en dépit des honneurs, des avantages et des prébendes que vous en retirez depuis plusieurs décennies.
De fait, vos louables efforts, parfois héroïques d’être accomplis en dehors des profitables périodes électorales, pour remédier à ce terrible fléau sont universellement reconnus ; mais vos résultats, dans cette triple guerre -- sociale, économique et politique -- ne sont pas moins évidents, qui trahissent vos prévisions, vos compétences et peut-être vos espérances – en tout cas celles que vous avancez afin de gagner les suffrages encore malheureusement nécessaires pour emporter une élection, quand votre mérite seul devrait suffire.
C'est en vain que vos collaborateurs, experts dans l'art du camouflage, font assaut d'ingéniosité et d'imagination afin de réduire le nombre officiel des demandeurs d'emploi inscrits à l'A.N.P.E. (ainsi, entre autres exploits, de leur redécouverte, avec l'emploi forcé de jeunes gens dans les secteurs public et privé, des révolutionnaires ateliers nationaux et des vichystes chantiers de jeunesse, modernisés de manière si heureuse) : habiles dans l'art de présenter objectivement les statistiques les plus favorables au gouvernement en place, vos services sont encore trop timides, qui n'osent pas contraindre les chiffres à refléter les spectaculaires et durables améliorations que vos mesures, en droite logique, *devraient* entraîner, si la réalité avait la décence de se plier à vos ordres et à vos désirs.
Au reste, involontairement mithridatisée au fil des annonces, trop souvent maladroites, de vos relais médiatiques -- ces laquais abusivement qualifiés de "journalistes" --, l'opinion publique semble considérer avec un déplorable scepticisme vos bulletins de victoire, même quand ils affectent la prudence ou la modestie, tant ils illustrent ce dérisoire *effet d'annonce* qui vous tient lieu, parfois, souvent, de ligne politique.
De certains économistes courageux affirment qu'un fort taux de chômage dans la population en âge de travailler n'est pas nécessairement un mal pour l'économie mondiale. Sans doute ne méconnaissent-ils pas les nombreux, et indéniables, avantages de cette situation qui garantit, au moins en apparence, la paix sociale. Ainsi, dans le monde entier, chaque petit salarié (surtout s'il n'est pas syndiqué) éprouve, de manière plus ou moins consciente, la crainte abjecte de perdre son emploi et de gagner les ténèbres extérieures, définitivement peut-être. Encouragé dans la voie du désespoir tranquille, entretenu dans le sentiment de sa parfaite insignifiance, qu'il soit agent d'exécution ou agent d'encadrement, il apprend à considérer avec respect, voire avec terreur, ses patrons, qui pourraient si facilement le remplacer, dans l'appareil de production, par une autre pièce anonyme et interchangeable, locale ou importée.
Le taux de chômage, *s'il est juste assez important*, assure cet heureux effet que d'anéantir chez le salarié, qui est souvent un électeur, toute velléité de changement à l'ordre du monde.
19:42 | Lien permanent | Commentaires (5)




Commentaires
Pour amorcer, on va feindre avoir reçu deux ou trois marques d'intérêt.
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Vous avez, Madame le Ministre, la réputation, peut-être exagérée, peut-être même injuste, d'être socialiste. Femme de pouvoir, vous pouvez donc défendre avec efficacité, au nom du pragmatisme, cette alliance, naturelle autant qu'inévitable, entre les forces de gauche et les forces du capitalisme international, celles-là apportant à celles-ci la teinture d'humanité, voire d'humanitarisme qui leur manquait pour asseoir leur empire sur un monde enfin pacifié par le commerce et la finance. Femme de gauche, c'est-à-dire femme de coeur, vous pouvez donc défendre avec énergie, au nom de l'idéalisme, cette Justice sociale à laquelle le méconnu philosophe African Spir donnait, dans un ouvrage oublié paru à la fin du XIXe siècle, à la fois un nom et un programme. Selon toute probabilité, votre lutte héroïque contre le chômage n'a pas d'autre signification que d'incarner ces deux aspirations, également dignes d'estime, tout comme cette politique que vous servez si bien, qui concilie harmonieusement ces apparents contraires vus comme autant d’oxymores par de certains esprits chagrins : tradition et novation, justice sociale et lois du marché, souveraineté nationale et fédéralisme européen. D'ailleurs, à en croire une encyclopédie généralement considérée comme fiable par les spécialistes de la chose politique, vous auriez écrit en d'autres temps : "Nous devons faire le bonheur des Français malgré eux". Ce mâle et ferme propos révèle un dessein généreux, dont l'auteur devrait logiquement comprendre ma modeste proposition pour empêcher, de manière simple autant qu'économique, les chômeurs, Français ou non, d'être plus longtemps à la charge de la collectivité nationale aujourd'hui, européenne demain.
Par intérêt personnel autant que par souci du bien public, j'ai consacré plusieurs années d'inactivité forcée à réfléchir à la question capitale du chômage ; j'ai examiné avec attention les projets qui prétendaient sinon le faire disparaître, du moins le ramener à des proportions moins indécentes, ou plus acceptables pour les masses laborieuses sourdement inquiètes devant l'extension, extraordinaire et incontrôlable, du phénomène.
Sans étonnement excessif, j'ai constaté le flagrant échec de toutes les politiques menées à ce jour, dans le monde entier. A peine les experts stipendiés pour lutter contre le chômage parviennent-ils, assez gauchement, à transformer de vrais chômeurs en faux non-chômeurs : stagiaires, préretraités, bénéficiaires de contrats de reconversion, étudiants en alternance, travailleurs à temps partiel, voire invalides du travail. Leur seul mérite consiste sans doute à préserver encore quelques emplois plus ou moins fictifs dans les administrations et institutions chargées de dissimuler au public l'ampleur du mal, faute de le pouvoir réduire. Paradoxalement, d'ailleurs, le chômeur, pris en masse, est un petit employeur, tout comme le criminel -- qui est sans doute, lui, plus nécessaire encore au bon fonctionnement de la machine sociale, puisque son existence conditionne celle d'un grand nombre de personnes dans les appareils policier, judiciaire et pénitentiaire, tout en rappelant aux *hoi polloi* du bétail fiscal qu’ils sont tous victimes potentielles de la violence des supplétifs protégés par la mafia étatique.
Je ne vois pas l'utilité d'exposer en cinquante pages ce qui tient en quelques lignes, tant le constat est évident : au cours des deux dernières décennies, les autorités les plus capables, les élites les moins contestables, les personnalités les plus remarquables (à commencer par vous) n'ont pu, malgré leurs efforts manifestes, empêcher l'extension du chômage, et surtout du chômage de longue durée. Or, je me refuse évidemment à imaginer un seul instant qu'elles aient échoué intentionnellement (par exemple pour les cyniques raisons brièvement évoquées *supra*) ou pire encore, par incompétence -- leur éminente position sociale interdit cette hypothèse, scandaleuse entre toutes.
Force est donc d'admettre ce fait, irréfutable dans sa terrible concision : quels que soient les efforts des autorités (optimistes par état autant que par devoir, candeur et hypocrisie), les chômeurs, présents et futurs, ne trouveront aucun emploi durable, nulle part en ce monde, qu'ils aient des compétences objectives ou non, qu'ils soient potentiellement utiles à la société ou non, qu'ils le veuillent ou non, qu'ils se complaisent dans leur état ou non. La rationalité en commande l'humble et déprimant aveu : pour cette immense partie de la population qui n'a plus sa place à notre grande époque, le chômage est une fatalité, injuste et aveugle sans doute, qui ne connaît aucun remède.
Tel est le point d'origine de toute réflexion sérieuse sur le sujet.
Écrit par : br | 13/07/2026
Demain, tous fonctionnaires, zéro chômage garanti! Même une modeste activité de mendicité sur la voie publique (permis et tampons à l appui) sera catégorisée "service public", probablement encadrée par une termitière à bullshit jobs du nom de "Ministère de la Visibilité Sociale".
Et on a une pin-up populiste en plus, c'est Noël en Juillet ^^
Écrit par : Benway | 14/07/2026
L'excellent Benway ne m'en voudra pas, j'imagine, de considérer son commentaire comme une marque d'intérêt comptant pour deux ou trois ; continuons donc avant d'imiter *ze* bedeau.
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L'ordre établi que vous servez, Madame le Ministre, valorise les valeurs collectives les plus altruistes contre les valeurs individuelles les plus égoïstes (telle est sans doute la grande mission civilisatrice des forces de gauche, en Europe comme ailleurs, que d'humaniser le capitalisme, pour le bénéfice mutuel des meneurs et des menés, sous les signes conjugués de l'euro et du dollar). C'est pourquoi la collectivité accepte, au nom de la nécessaire solidarité entre les hommes, d'entretenir ces chômeurs qu'elle sait pourtant inutiles au point d'apparaître tous, aux yeux des bons citoyens, comme autant de méprisables profiteurs. Or, cette bienveillante assistance n'est légitime que jusqu'à un certain point, au-delà duquel les forces vives de la nation, exagérément mises à contribution par l'Etat, peuvent juger avec raison que le fardeau imposé à leur générosité devient insupportable.
En France, le chômeur archétypal (c'est-à-dire l'individu qui a connu le privilège de l'état salarié avant d'être involontairement privé de son emploi) perçoit, dans les premiers temps de son malheur, quelques indemnités : de certains théoriciens libertaires osent considérer ce pactole comme le remboursement des sommes extorquées par l'Etat au salarié pour financer ces assurances sociales que le monde nous envie au point d'en vouloir bénéficier sans avoir jamais cotisé au système, quand la qualité systématique de Français n'est malheureusement pas, ou pas encore, un Droit humain. Telle est la force d'une grande idée.
L'interprétation est manifestement malveillante, qui veut ignorer que l'Etat, puissance tutélaire et presque paternelle, entend non seulement lutter contre l'imprévoyance, trop commune, de ses sujets – j’allais écrire : de ses enfants, de ses éternels mineurs --, mais surtout assurer cette égalité forcée -- ne concernant, heureusement, que le bétail électoral et non ses bergers et propriétaires -- qui signe la démocratie moderne : le meilleur et même le seul régime politique envisageable en nos temps éclairés ne saurait accorder sa confiance aux individus, férocement égoïstes par nature quand ils ne sont pas contraints à la solidarité.
De manière logique, ces indemnités diminuent de plus en plus, de plus en plus vite, jusqu'à disparaître totalement : le chômeur que la société a reconnu sans valeur aucune (puisqu'elle ne l'a pas jugé digne d'une nouvelle chance) doit alors presque toujours s'en remettre à la générosité de l'Etat, pour solliciter humblement le Revenu Minimum d'Insertion. Au degré d'extrême misère qui est alors le sien, le chômeur ne saurait d'ailleurs trouver dégradante cette situation qui consacre sa dépendance absolue : à la dignité, il a préféré la survie. Le voici donc, plus ou moins honteux de cet état, devenu un parasite social.
La collectivité tombe ici dans le piège d'une bienveillance poussée à l'absurde. Sous le règne, éminemment moral et objectif, de la Marchandise, les forces vives de l'économie ne sauraient entretenir indéfiniment des parasites qui non seulement ne produisent rien, mais encore ne peuvent presque pas accomplir ce devoir sacré : consommer. Certes, quelques moyens existent, qui permettent d'arracher aux chômeurs encore indemnisés une petite partie des sommes qu'ils extorquent à la collectivité, mais cette réappropriation est insuffisante. Une fois leurs cotisations forcées restituées par l'Etat, les chômeurs ne devraient, en droite logique, plus rien recevoir. Le simple bon sens, vertu cartésienne, vertu économique, guide cette ligne de conduite.
Ce n'est pas donner dans le darwinisme social, que d'admettre ce principe : la solidarité entre les rouages interchangeables qui forment la société ordinaire ne saurait plus s'exercer quand elle risque de semer le trouble dans la cité, et de nuire à la juste répartition des sommes efficacement prélevées par le fisc au profit de causes nobles -- entretien des divins élus et de leurs petit personnel, financement de projets dirigés contre les populations locales...
De fait, les agents d'exécution et les agents d'encadrement, utilisés à défaut d'être nécessairement utiles, n'ont guère le temps de penser à leur situation. Trop heureux d'être employés, trop heureux d'avoir quelques pauvres loisirs, bref trop heureux d'avoir quelque chose à perdre, ils ne sauraient remettre en question l'ordre définitif du monde, d'ailleurs efficacement soutenu par les forces du Spectacle. De manière divertissante, presque tous les salariés les moins privilégiés par l'organisation sociale forment les alliés les plus fermes de cette organisation, puisqu'ils n'entendent pas renoncer au peu de jouissances qui leur sont, habilement, concédées.
Écrit par : br | 14/07/2026
br > Je vais mettre en ligne les //2 et //3 ; j'ai du retard.
Benway > Je vois que la pin-up populiste a toujours du succès, il faudrait que je ne l'oublie pas.
Écrit par : Pharamond | 14/07/2026
@Pharamond : Attendons l'hypothétique // 4 ! ;-)
Evidemment, que la PUP a toujours du succès !
Écrit par : br | 14/07/2026
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