25/11/2014

L'intervention

Mathieu et ses parents étaient attablés autour de quelques tartines de pâté. Ces derniers temps n'avaient pas été faciles, le chômage, la crise, la vie chère... Mais on tâchait de faire front, vaille que vaille, en attendant des jours meilleurs. Mathieu était maintenant assez grand pour comprendre et il comprenait.

Tout à coup, la porte s'ouvrit avec fracas et des hommes en tenue de commando entrèrent dans l'appartement.

- Police ! Que personne ne bouge !

Le père commit l'erreur de se lever, le couteau avec lequel il faisait les tartines encore à la main. Il n'eut pas le temps de dire un mot ; deux balles de fusil d'assaut le couchèrent pour toujours. Avant que Mathieu ou sa mère puissent faire quoi que ce soit, les baies vitrées donnant sur le balcon volèrent en éclats et d'autres commandos firent leur apparition au bout de cordes de rappel. La mère de Mathieu fut arrachée de sa chaise, jetée au sol et menottée. Malgré ses cris, on la traîna vers l'extérieur, le corps de son mari suivit le même chemin.

- Secteur sécurisé, vous pouvez entrer.

Quelques secondes après, un homme en costume cravate entra, suivi de trois hommes portant de gros sacs et d'un photographe. On vida le contenu des sacs au milieu de la salle à manger en essayant de constituer une sorte de pyramide. L'homme en costume cravate prit place derrière le tas de conserves de nourriture et demanda à Mathieu de venir le rejoindre. Celui-ci, pétrifié de peur, n'avait toujours pas bougé de sa chaise et ne comprenait pas ce qu'on lui voulait. Le photographe dut l'accompagner en lui disant de ne rien craindre et que l'on faisait tout ça pour lui.

- Je vais commencer à prendre les photos... Monsieur le Maire, si vous voulez bien mettre votre bras autour de ses épaules.

Le flash crépita.

- Voilà, c'est fini.

Tout le monde sortit en parlant fort, laissant Mathieu seul, debout près de la pyramide de victuailles.

 

24/11/2014

Casse-tête

La société américaine Inovation factory propose un outil bon marché très polyvalent : le Trucker's Friend, malheureusement introuvable en France.

Visuellement l'objet fait son petit effet.

truckers-friend-axe-1.jpg

Ça a le mérite d'être clair


Marine Le Pen sur le parti Réconciliation... par ERTV

23/11/2014

Le tour de France du patrimoine (choix absolument arbitraire) : Gravelines (59)

L'Espace Tourville (la reconstruction du Jean-Bart)

21/11/2014

Le jour où je suis mort

On m’a affecté à la défense du centre ville. Pourquoi pas ? Je ne suis qu’à 500 mètres de chez moi et cela me permet d’y aller de temps à autre pour voir si mon immeuble tient toujours debout et si personne aurait eu l’idée de "visiter" mon appartement. Avec deux compagnons je campe depuis une quinzaine de jours dans un ancien snack-bar près de ce qui est censé être la ligne de front. C’est ma première affectation.

Quand on est venu me chercher, une vingtaine de jours après le début des Événements, je me suis laissé faire. Avais-je le choix de toute façon ? Et puis sans eau ni électricité le temps commençait à me paraître long, je crois aussi que je déprimais un peu. Trois mois après, dont un dans un camp d’entraînement à la campagne avec maniement d’armes légères, marches, manœuvres, rudiments de tactiques militaires et propagande (déjà !) et deux dans un hôpital militaire pour une entorse mal soignée faite lors d’un exercice, j’ai insisté, au moment de choisir mon unité, pour intégrer celle des Royalistes. Au yeux des autres nationalistes, ils faisaient figure d’originaux, leur dénomination officielle n’était-elle pas "La Grande Armée Catholique et Royale" en souvenir de la Guerre de Vendée ? Mais c’était sans importance puisqu’on avait besoin de tout le monde et qu’ils se battaient sans rechigner.

Les deux combattants qui tiennent la position avec moi (c’est pour l’instant plutôt facile puisqu’on ne nous a pas encore attaqué) sont très fréquentables. Éric, un ancien gendarme, est le plus vieux, il a le grade de sergent et commande. L’autre, Jean-Baptiste dit Jeb, plus jeune que moi, est étudiant en Histoire. Sur le bras gauche de nos vestes sont cousus un drapeau tricolore et un Sacré Cœur. On dispose d’un poste émetteur-récepteur, de quelques semaines de vivres, de nos fusils d’assaut et d’une petite réserve de munitions, pas de quoi tenir un siège. Voilà c’est à peu près tout.

Et puis on attend, si on voit quelque chose de suspect on transmet au Quartier Général. Le problème c’est que tout parait suspect et que rien ne l’est vraiment. Pour l’instant on ne voit que des civils (nous ne le sommes déjà plus ?!) passaient sur l’avenue qui sert de ligne de démarcation. Tant qu’ils n’ont pas de comportements hostiles on ne fait rien. Ils ont seulement l’air inquiet et cherchent de quoi continuer à vivre à peu près normalement avec leur famille. Parfois, ils viennent nous voir et nous demandent si on sait quelque chose sur ce qui se passe. On a ordre de ne rien dire et on s’y tient d’autant plus facilement qu’on n’en sait pas plus qu’eux. Mais on prend des airs mystérieux et on lâche des « désolé, pas le droit de dire quoi que se soit .»

Au départ, quand un civil s’approchait, on faisait scrupuleusement les sommations d’usage. Trois jours après, une fouille rapide suffit. C’est incroyable comme la routine (et son relâchement inhérent) s’installe vite. Mes compagnons, notre "poste de garde" (le Poste avancé n° 17), la portion d’avenue que l’on distingue derrière l’empilement hétéroclite qui obstrue les ouvertures constituent notre univers. Avec l’habitude il est devenu rassurant et je crois que cela nous aurait coûté de le quitter pour aller ailleurs.

Pour l’instant, le conflit se limite pour nous à des tirs sporadiques, à quelques rares explosions à grande distance de notre position et à une rafale contre notre façade (sans qu’on puisse réagir d’ailleurs, les "attaquants" étant à moto). On entend, mais on ne voit rien. L’avenue est d’autant plus calme qu’elle est interdite aux véhicules par des barrages constitués de containers aux deux extrémités. Nos patrouilles quotidiennes dans notre secteur (on ne franchit pas l’avenue) ne nous apprennent rien d’autre.

Confusément, on espère que les choses changent pour sortir de ce quotidien amollissant, entre nous on se dit même espérer une attaque pour nous défouler, tout en s'avouant que l’on n’est  pas si mal et que les choses ne peuvent que se modifier en pire. Avec de la chance peut-être la « guerre » (on a un peu de mal à l’appeler ainsi, comme si cette dénomination aggrave la situation) finirait sans qu’il y ai trop de casse.

- Nous sommes le 15 août, dit Jeb comme pour lui-même, tout en griffonnant sur le carnet qu’il appelle très sérieusement son Journal de guerre.

Éric et lui sont croyants, puisque je ne le suis pas, au départ ils s’étaient demandés pourquoi j’avais choisi d’intégrer la G.A.C.R. Je n’avais pas répondu à leurs interrogations et ils n’avaient pas insisté, mais je pense qu’ils se posent toujours la question. Peut-être qu’en me mentionnant le jour Jeb espère-t-il me voir prier avec eux. Peine perdue.

Éric ne dit rien, il semble inquiet et scrute l’avenue. Hier, les tirs s’étaient rapprochés et intensifiés. Interrogé, le QG avait parlé d’une offensive ennemie mais nous avait assuré qu’elle ne concernait pas notre secteur et qu’elle ne tarderait pas à être endiguée comme les précédentes. Pourtant tout est étrangement calme depuis ce matin. On n’entend que le chants des oiseaux, aucun civil ne s’est montrés depuis le levé du jour.

- Viens voir. Je crois qu’il se passe quelque chose.

Je m’approche d’Éric. Et regarde dans la même direction que lui. Je ne vois rien.

- Si, regarde au-dessus de la boulangerie. La deuxième fenêtre en partant de la droite.

- Merde ! T’as raison, il y a un mec avec une arme. C’est peut-être un des nôtres ?

- De l’autre coté de la ligne, sans qu’on soit prévenu, c’est impossible. Jeb, préviens le QG.

Jeb s’arrache à l’écriture de son journal et s’exécute.

- Ils nous disent de riposter seulement si on nous tire dessus et de les tenir au courant.

- Rien d’autre ? demande Éric.

- Non.

- Merci pour tout, ironisé-je.

Maintenant on est trois à regarder dehors. On scrute à s’en faire mal au yeux et à la longue tout semble se mettre à bouger, tout devient hostile. Et puis soudain on aperçoit des gens armés qui passent d’un bâtiment à l’autre courbés en deux. Jeb transmet à nouveau, mais on doit attendre : "pas de provocation". Mince, moi qui croyait être en guerre ! Alors, on attend. On a tous vérifié notre arme. Éric et moi près des minces ouvertures qui donnent sur l’avenue et Jeb au poste radio. Et puis c’est un bruit qui enfle, un grondement qui se rapproche faisant vibrer le bâtiment. Je regarde Éric. Il est blême et murmure entre les dents :

- Merde, je crois bien qu’on nous envoie les chars.

- Mais on a pas d’arme contre ça, dis-je stupidement.

- Jeb ! dis-leur qu’on a des chars en face.

Jusque là l’Armée française avait officiellement gardé une certaine neutralité en ne fournissant aucune arme lourde aux belligérants, il fallait se rendre à l’évidence : les choses avaient changé.

- Je capte rien, dit Jeb d’une voix blanche.

- Essaie encore. Si on a encore rien, on se replie.

Le char vient d’apparaître dans mon champ de vision, sur ses flancs et sa tourelle il y a des choses inscrites à la peinture verte, mais je n’arrive pas déchiffrer à cette distante. Il s’arrête et son canon pivote vers nous.

- Foutons le camp !

Je crois que c’est moi qui a crié, et puis tout s’écroule autour de nous. Je suis sur le sol, je n’entends plus rien, j’essaie de me relever, mais ma jambe gauche se dérobe, j’ai du sang partout. Je tousse, la poussière me rentre dans la bouche, dans les poumons. Où sont Éric et Jeb ? Tout est sans dessus dessous et j’ai l’impression que le plafond est plus bas, comme si le bâtiment s’était affaissé.

On me prend par les aisselles et on me tire dehors par la porte de derrière. Dans la rue, Jeb, c’est lui qui m’a sorti de là, passe mon bras au-dessus de ses épaules et m’aide à me mettre debout. Il est couvert de poussière, mais ne semble pas en trop mauvais état. Les sons me parviennent déformés, lointains et ma jambe refuse toujours d’obéir, par contre je ne souffre pas, pas encore. Par les petites rues on arrive à s’éloigner tant bien que mal de notre poste. Personne n’a l’air de nous poursuivre.

Jeb est exténué. Il m’aide à m’asseoir, adossé à un mur.

- Je vais chercher de l’aide.

Il doit voir la panique dans mes yeux, car il rajoute aussitôt :

- Je reviens, fais-moi confiance. Je reviens.

Il s’éloigne et avant de tourner dans la rue voisine me fait un signe de la main. Je n’ai pas la force de lui répondre. Je n’arrive pas à parler, mais j’entends de mieux en mieux et je crois comprendre que le char ou les chars font des cartons sans interruptions. Je me demande bien sur quoi d’ailleurs.

Je regarde pour la première fois ma jambe, ce n’est pas beau, il me manque un morceau de cuisse et j’ai perdu beaucoup de sang. Pourtant, je me sens étrangement léger. Les détonations semblent se rapprocher. Peut-être que des renforts amis sont arrivés. Je n’en sais rien, j’attends Jeb. Le plus infime mouvement me coûte. Et il y a ce bruit métallique qui me réveille, je m’étais endormi. C’est sur ma droite. Malgré la nausée, je fais un effort pour voir ce que c’est. Je la vois à un mètre de moi, dégoupillée.

 

20/11/2014

En attendant...

 

En ce moment je suis fatigué et l'actualité me sort par les trous de nez aussi je recycle mes historiettes écrites au cours des dix années d'existence de ce blog. Elles ne sont pas bien nombreuses, n'ont rien de révolutionnaires et ont sûrement quelque peu vieilli mais j'avais pris plaisir à les écrire.

19/11/2014

Conteneurs

Assise sur un banc sous les tilleuls, Pomme finit de grignoter sa barre vitaminée Crocochoc au bon lait bio, aux céréales garanties sans OGM et au chocolat issu du commerce équitable. Elle glissa l'emballage vide - malheureusement encore non recyclable - dans sa poche et plia soigneusement le papier aluminium qui avait entouré sa friandise. En le serrant fort dans sa main, elle sauta sur ses petites jambes et trottina vers les conteneurs multicolores alignés devant la mairie : le vert pour le papier, le rouge pour les bouchons en plastique, le bleu pour le verre, le jaune pour les piles... mais celui qui l'intéressait était l'argenté, le dernier à avoir été installé. Une affiche y annonçait sa raison d'être : 

Avec Crocochoc et Étasseur participe à l'opération 

Une grande échelle pour Mogadiscio 

Pour illustrer le propos un superbe photomontage montrait le crocodile rose emblème de la marque tenant par les épaules les deux chanteurs du groupe de rap Étasseur affublés de casques de pompiers. Pomme se hissa sur la pointe des pieds et glissa le papier aluminium par l'ouverture. Grâce à son professeur des écoles elle savait que Mogadiscio était une ville très loin de son village où les pompiers n'avaient même pas de grande échelle pour leur camion, mais que grâce au gentil monsieur qui dirigeait Crocochoc et aux non moins gentils chanteurs du groupe Étasseur le mal serait réparé. Contente d'elle, Pomme prit le chemin de sa maison en se demandant tout de même combien d'emballages aluminium il faudrait pour faire une grande échelle. Si elle arrivait à s'en souvenir, elle poserait la question en classe demain matin.