17/07/2026
Musique (746)
Ein Walzer für Kairos
Goataholic
18:53 | Lien permanent | Commentaires (10)
Carte blanche (74)
Laissée à Kobus van Cleef
Crépuscule des vampyrs et continent obscur
Trente-neuvième partie
On analyse donc la dépouille en cailloux
On décide, d'emblée, sans barguigner qu'il s'agit d'un européen, blanc et catholique de surcroît et qu'il a âgé d'environ cinq décennies
Mais pourquoi blanc ?
Mais enfin les enfants, la capacité crânienne, la finesse des traits, la pâleur marmoreenne des téguments qui laisse transparaître le bleuté du schiste dans lequel il est inclus !
Pour moi, oui, il ne peut s'agir que d'un européen...
Et le membre, là, le membre, européen aussi, européen toujours !
Nous en sommes les découvreurs, nous le baptiserons donc de nos initiales accolées suivant le nom générique "homo", un peu comme homo habilis, voyez ?
D'emblée je me mets à la fin, après tout, je suis arrivé en dernier, qui d'entre vous s'est cogné l'hallux dedans ?
C'est Bruno-Louis, s'exclame le petit !
Qui ensuite a eu l'idée de jetter un œil ?
C'est Umberto !
Et qui m'a prévenu ?
C'est Roderick !
Hé bien voilà, l'affaire est entendue, nous prénommerons le fossile Blumrok, homo blumrokensis
Et le cœur en fête, tout à la joie du savoir nouvellement acquis, nos gentils troupiers remontent le sentier vers le parking
Fatalitas !
Deux gousbyres brutalement musclés les attendent près de la bagnole du kobs (diesel, 20 ans d'âge, vignette critair 5, ou pire, si c'est possible)
Klimat enforcement administration, veuillez nous suivre
Gneu ?
Les mecs répètent
Le petit vieux ne pige pas mieux
Il détaille le costume des mecs
Treillis verdâtre, siglé d'un logo qu'on croirait sorti du concours de dessin de la communale de Neuilly, un arbre feuillu dans un cœur formé des mains en coupe d'un (une ?) humain (humaine ?), le tout surmonté d'un oiseau stylisé
En dessous, fièrement, l'acronyme KEA
Et la devise "pour que plus jamais la kanikule et la tempête"
Mais nom de djieu, kes ke c'est que ça encore ?
Il s'enquiert donc fort civilement ( le moyen de faire autrement....les mecs sont musclés, suintant la testostérone et la frustration par tous les pores de la peau, en plus d'être sur armés, on devine des équipements complexes et létaux dans les poches cargo de leurs falzars, des menottes pendent à leurs ceintures et un pare balles leur fait un thorax d'emphysemateux) du corps de rattachement des gusses, de leur raison sociale et surtout, surtout, des raisons de son interpellation
Monsieur, ne discutez pas, nom, prénom, date de naissance, permis carbone
Et plus vite que ça !
Vous avez une autorisation pour vous être reproduit, ces enfants sont à vous, vous avez le livret de famille ?
Carte grise du véhicule, résultats du test antipollution !
Allez, kes ke vous attendez !
Les mecs, en l'etourdissant de questions et d'invectives l'ont déstabilisé, ils ont amorcé un mouvement tournant qui, peu à peu, l'a acculé contre la carrosserie de sa vieille bagnole, ils se renvoient la balle et à chaque phrase de l'un puis de l'autre, kobus tourne la tête de gauche puis de droite
À la longue, ça en vient à l'excéder, il croise les bras sur son torse qu'il a courtaud, un peu tremblotant, il décide de faire sa tête de lard, d'autant que les gosses le regardent un peu étonnés par son absence de réaction
Je ne répondrai qu'en présence de mon avocat, faut bien trouver une utilité à la bazoche, et le premier qui me touche je lui en colle une
Ho sainte mère de djieu, kes kil a pas dit....
Le balaise le plus proche amorce une subtile reptation de la main droite vers le holster de cuisse, lourdement chargé d'un truc à visée clairement homicide, fait de métal noir et de polymere plastoc gris, avec quelques diodes luminescentes qui clignotent dessus, le kobs l'a vu du coin de l'œil, il feinte donc vers l'acolyte du mec, lequel acolyte recule, porte la main à sa radio qui clignote sur son torse
La suite est prévisible, le premier gus attrape un truc dans sa gaine, dégageant une voie royale vers son entrejambe, kobus shoote dedans , une talonnade de vieux, ça envoie quand même du bois, le mec se plie en deux et gerbe son petit déj'
L'autre abandonne sa radio pour saisir sa matraque, kobus le repousse illico vers la vieille voiture, perte d'équilibre toussa, le vieux chope un mouflet par une aile, actionne la poignée de la caisse....maverdave fermée !
Le temps qu'il fouille dans sa profonde pour la clé des champs, une décharge de tazer le foudroie sur place
Boum
Rideau
Il reprend conscience en arrivant au sol, tétanisé par la décharge elektrik
Il a à peine le temps d'entendre le plus grand des gamins (14 ans aux colchiques) brailler "pouliss partout, djustiss nul'part !"
Puis de voir du coin de l'œil les promeneurs du sentier côtier applaudir les forces de l'ordre, comme toute populace soumise en régime bananier
Le voilà retourné à plat ventre comme une crêpe, menotté avec du serflex (usage unique, en plastique), chargé dans une petite cariole que le plus balaise des deux chicorneur traîne derrière son vélo
Ha mon gaillard, tu vas en baver si tu crois déplacer le kobs à la force du mollet...
Penses tu !
Le vélo est électrifié pour le moteur, ce con de kebourdin se paye même le luxe de lâcher le guidon dans la montée
Le gros kobus hurle à s'en faire péter les poumons "et les gosses, bordel de djieu, vous les laissez seuls ? Je vais prévenir la LDH, la protection de l'enfance et les rezozozios, ça va chier velu, y aura l'IGPN , vous êtes pas sortis du pétrin, croivez moive ou pas, je lâcherai pas l'affaire !"
Le pédaleur, tout à son boulot de déplacer le quintal de viande sénescente, ricane "tes gosses, y ziront à la DASS, couillon, et c'est pas demain que tu les reverra, si tu les revois un jour "
Le sang du vieux ne fait qu'un tour dans ses veines tortueuses, il s'arrache du petit chariot au bicycle accouplé et, pieds et poings liés, roule sur le bas côté
Ce voyant, le gousbyre à lui assigné par les hasards de la maîtrise enseignée à l'école de pouliss, le gousbyre donc bloque les freins, saute à terre, imité par l'autre, et les deux crétins se mettent en tête de récupérer l'ancêtre délinquant
Pour délinquant, ça délinque, espère !
Pour récupérer, c'est une autre paire de bretelles !
Le vieux se tortille dans les broussailles, qui, pour d'évidentes raisons ekolojik, n'ont pas été taillées et il disparaît,un moment seulement hélas, aux yeux de ses poursuivants
Pendant ce temps, sous la houlette du plus grand des mouflets, la marmaille s'échappe sur le bas côté, et, suprême injure faite aux représentants de la loi, entaille les pneus du biclou possédé par le gousbyre assigné à leur garde puis à leur récupération par les services idoines
Ça fait tchac et puis encore pfuit, les promeneurs, qui avaient applaudi à l'arrestation du gros, parce que force doit rester à la loi, merde quand même, les promeneurs donc sont tiraillés entre leurs deux surmoi, celui de droite, qui tend à réprimer les incivilités, celui de gauche, qui leur enseigne qu'il faut laisser faire les enfants, car comment voudrais tu qu'ils se construisent si on les emmerde toultemps ?
Le temps que le surmoi de droite ait pris le dessus sur l'autre, adieu pays !
Les gosses ont détalé, et pour les retrouver, à ta santé !
Maverdave, des prisonniers évadés, ça fait tâche sur un CV de milicien!
Les deux musclés s'activent donc à retrouver le vieux, lequel s'est coulé, mussé dans les herbes hautes puis la bruyère qui couvre la côte, malheureusement, la végétation sèche craque sous le poids du fuyard qui, avec ses mains entravées dans le dos et son gros bide ressemble à un boa qui aurait avalé un éléphant
Aussi mobile, aussi furtif
La patrouille ne met pas longtemps à le repérer
Alors mon gaillard, on pensait échapper aux rigueurs de la loi ?
Et ils lui collent une avoinée maison, à base de matraque et de coups de saton sur la trogne
Le vieux a la satisfaction, avant de tomber dans les pommes, de comprendre que la marmaille leur a échappé
Bravo les mioches, c'est toujours ça de gagné
Et il s'évanouit, pouf, d'un seul coup
Les gosses, eux, sont pas loin, ils ont assisté à la dérouillée de l'ancêtre, la façon dont il a encaissé les coups sans crier, sans moufter, mais ça les révolte quand même, tiens, c'est comme ça qu'on forge une génération d'anarchistes !
Une subtile reptation en marche arrière, a retro pour les puristes, les éloigne du couple de boxeurs ( qui ne sont pas un couple, du moins nous l'ignorons-pour le moment- et qui ne boxent que des adversaires à terre et entravés), le plus grand des mouflets a eu soin de bâillonner les deux autres, de ses larges pognes de préado, eût égard à l'horreur suscitée par la vue du dérouillage de l'ancêtre, vue susceptible d'entraîner des cris de protestation ( si vous avez compris, c'est que je me suis mal exprimé, comme d'habitude)
Et faut voir ces bougres maléfiques fouettant les hautes herbes de leurs matraques en eructant des imprécations, puis s'en allant, dépités après un message dans la radio protable accrochée à la bretelle du pare balles, l'un d'entre eux, le plus con, visiblement, reste pour surveiller les lieux, des fois que la marmaille serait restée terrée sur place
Mais compte là d'ssus et bois d'l'eau, après une éreintante progression à plat ventre puis à croupetons, les mioches ont mis les adjas bien à distance, leur petite taille, leurs vêtements délavés après de multiples lessives, leur connaissance quasi instinctive de l'environnement côtier, l'arrivée d'un groupe de randonneurs estrangers dans lequel ils se fondent leur assure la clé des champs en dépit des moyens mis en œuvre pour les rattraper ( des chiens, un hélico, des patrouilleurs dans l'eau en jet ski)
Et donc, dans ton ku, la force injuste de la loi !
Va chier dans ta caisse, législateur !
Clopin clopan, notre trio repart vers la chaumière améliorée, havre temporaire ( puisque les kebours vont venir tôt ou tard s'enquérir de la marmaille, des antécédents du délinquant sénile et des capacités financières du couple, capacités qui seront destinées à effacer l'outrage aux représentants de la loi et aussi peut-être un peu, à l'environnement)
Ils y arrivent par une vicinale en terre battue, toute encombrée de broussailles et de pièces de machines agricoles hors d'âge et d'usage, le plus grand, qui est décidément bien frisé des circonvolutions, lance un gravier sur le carreau de la cambuse où la grand mère expertise la provende restante ( ils ont eu des amis et le drapeau noir risque de flotter sur la marmite)
Après avoir lapidé la fenêtre, la légitime pige enfin et sort, un peu alarmée
Elle s'enquiert du quoi et du qu'est-ce, de l'état des fringues, déchirées et poussiéreuses, de la fatigue des mouflets, de l'absence de l'époux et de la bagnole ( surtout ça, nom de d'la, où avez-vous fourré la caisse ? tu crois qu'un diesel ça pousse dans les arbres ?)
Tout en grignotant une tartoche de pain de campagne enduite de miel, le trio fait une relation décousue des événements
À trois voix, si vous voyez
Il faut toute la patience ( oui) et le sens de la synthèse de grand mère pour reconstituer les événements et en prendre l'exacte mesure
Mesure qui est catastrophique
Mais ce vieux crétin n'avait rien d'autre à foutre que d'aller asticoter les autorités ?
J'en reviens pas d'être marida à un abruti pareil !
Fine mouche, elle se résoud à un plan d'action rapide, elle fait disparaître toutes traces de présence infantile dans la maison, couettes, slips négligés, doudous, peluches, maillots, hop à la lessiveuse
Dans le même temps, elle bat le rappel des bonnes âmes qu'elle connaît, susceptibles d'héberger temporairement nos jésus
Au bout du compte, ça fait pas lourd, mais on réussi, en dépit de la peur du gendarme, à placer les mioches dans une famille amie, à l'abri du regard inquisiteur de l'état tout puissant
Ouf
La réputation d'insoumission et de fraternité de la vronze n'est pas usurpée !
Il ne faut pas bien longtemps pour que les services idoines viennent fureter autour de l'estival logis, puisque, logiquement, ils se sont cassés les dents sur l'huis de la demeure hivernale ( putain, ça c'est de la littérature ou je ne m'y connais pas, allez pas prétendre le contraire), laquelle est désertée pendant la période chaude
C'est d'abord la gendarmerie qui vient sonner
Ding dong, est-ce ici que gîte le dénommé van cleef, kobus de son prénom ?
Si fait, répond la maîtresse des lieux, fermement campée sur ses jambes sans défaut, les bras croisés sous une poitrine qui fut jadis émouvante, qui le demande ?
Ha, c'est pour une enquête de proximité, de moralité, une enquête, quoi
Allez y mes braves, enquêtez, dit la dame, qui sait s'adresser à des subalternes, en effet, les manches des zuni ne sont ornées que de ficelles
12:56 | Lien permanent | Commentaires (20)
Carte blanche (73)
Laissée à br
Très humble proposition
// 5
Quoi qu'il en soit, ce plan exige simplement le concours de quelques hommes d'influence, que vous trouverez sans peine aucune -- ils n'ont pas à être brillants, juste dépourvus de toute conscience morale. Ils sont déjà parmi vous, chez les Compagnons de la Gamelle.
En vérité, je ne vois aucune objection sérieuse à cette modeste proposition. Qu'on m'en présente une qui soit à la fois plus rationnelle, plus élégante, moins onéreuse, et je m'inclinerai.
[...]
Un dernier mot, Madame le Ministre : vous pourriez me soupçonner, bien injustement, de me divertir à vos dépens ou pire, de vouloir provoquer votre perte. L'évident manque d'art de cet ultime texte est bien la marque de mon sérieux : aurais-je simplement voulu briller ou nuire, que j'aurais soigné le fond et la forme ; je me suis sagement gardé de cette tentation, et je suis parvenu à ne pas vous faire l'affront d'allusions littéraires ou philosophiques hors de votre portée (ou du secrétaire qui ne saura pas lire ce courrier) ; je pense même avoir réussi à vous épargner la difficulté de comprendre mon propos, car je vous sais trop affairée au bien public pour avoir encore ce luxe, nuisible autant que désuet, que de savoir penser.
Relisant ces pages, je ne découvre toujours pas quelle objection tant soit peu pertinente un esprit rigoureux pourrait y faire, et je suis convaincu que la vérité s'en imposera universellement.
***
J’aime à penser que Swift, aux Enfers où il se trouve sans doute avec tous les mauvais esprits *malins*, a apprécié l’intention, sinon la réalisation, de cet hommage : un chômeur qui admet de bonne grâce son inutilité sociale, un chômeur qui refuse pourtant de jouer les parasites, un chômeur qui propose donc un plan efficace pour supprimer plus que le bétail : toutes les catégories d'*objets*, ou mieux : de *composants programmables* qui, pendant leur brève et sinistre existence, *détournent* l'argent légitimement destiné aux seuls maîtres et à leurs projets : chômeurs d'abord ; retraités, pauvres et malades ensuite ; ennemis enfin. Je le dois admettre : je n'étais pas entièrement mécontent d'allier ainsi "le sarcasme de la gaieté avec l'indulgence du mépris". De manière plus essentielle, plus vitale aussi, j'espérais surtout donner une chance au hasard -- pour faire allusion à ce lucide propos de Martial, qui répondait à un provincial désireux d'apprendre comment [sur]vivre à Rome : "Eh bien ! si tu es intègre, tu peux compter, Sextus, sur le hasard..." ("Et encore, avec de la chance...", avais-je ajouté dans une version latine, me croyant facétieux, au temps lointain de ma khâgne). "Monumentale erreur" (John Slater) : une petite aptitude à "montrer les dés pipés, les cartes biseautées, les gobelets, les boites à double fond, les fausses clefs, les fausses serrures, les vrais visages" ne sert à rien.
07:58 | Lien permanent | Commentaires (0)
16/07/2026
Carte blanche (72)
Laissée à br
Très humble proposition
// 4
Alors que vous rédigiez les lois *** pour la réforme du Code du Travail, vous auriez formulé cette singulière prédiction : "Dans deux ans, grâce à nous, les trois quarts des Français seront syndiqués". Vous pourrez réutiliser ce patron presque mot pour mot, avec cette fois davantage de raisons, dans une annonce que la réalité, mieux contrôlée, ne pourra pas démentir : "Dans deux mois, grâce à nous, les trois quarts des demandeurs d'emploi auront disparu". Voici comment.
En droite logique, de nombreux chômeurs, surtout parmi les chômeurs de longue durée, choisiront de n'être plus, officiellement du moins, des chômeurs : non seulement ils échapperont ainsi au mépris général et à celui de leurs proches, mais encore ils ne renonceront à rien d'essentiel puisque leur subsistance sera garantie sous une autre forme – qu’on change le nom, et on change le sentiment, et on change la réalité. Ils n'auront même plus à faire semblant de chercher l'emploi que la société, pour son bien, a décidé de leur refuser définitivement. D'autres chômeurs choisiront de garder le confortable statut de chômeur à plein temps, abusant de la légalité, extorquant toujours à l'Etat des indemnités de chômage et diverses allocations telles que le R.M.I. Ces égoïstes, majoritaires sans nul doute, sont indispensables pour la seconde étape du projet, car ils devront faire l'objet d'une habile campagne de dénigrement et même de harcèlement : vos habituels relais médiatiques devront travailler à donner de ces mauvais chômeurs l'image de véritables vampires qui exploitent la collectivité sans contrepartie aucune. De savants économistes démontreront, nombres à l'appui, le poids financier insupportable de ces profiteurs de la solidarité sur la consommation des ménages et sur le budget des classes jeunes de la population ; des experts en démographie génétique gloseront non seulement sur le caractère presque certainement héréditaire du chômage mais aussi sur la tendance funeste des chômeurs à faire plus d'enfants que la moyenne nationale afin d'obtenir des allocations supplémentaires ; de respectés éditorialistes feront l'éloge des ex-chômeurs, héros du chômage qui auront choisi de disparaître des statistiques et des registres du R.M.I. pour ne plus peser sur leurs contemporains ; la presse sociologique consacrera de longs articles à la multiplication des suicides de malheureux chômeurs ou ex-chômeurs (qui tous auront laissé d'émouvantes lettres pour dire leur honte dans la vie et leur rédemption dans la mort) ; les services fiscaux laisseront entendre que de nouveaux impôts et taxes sont à l'étude pour financer les dépenses, toujours plus importantes, liées à l'indemnisation des chômeurs officiels ; les politologues autorisés expliqueront, avec graphiques et présentations PowerPoint, que les chômeurs sont majoritairement hostiles au Grand Marché Unique, qu'ils ne s'intéressent pas à Internet et qu'ils votent massivement pour les débris d'une extrême-droite ultra-fascisante, quand ils daignent encore s'intéresser à la chose publique ; des responsables syndicalistes diront leur vive inquiétude pour la Sécurité Sociale, menacée par les dépenses toujours accrues des chômeurs improductifs, comparables à celles consenties pour les retraités ; des figures emblématiques et désemparées d'associations humanitaires dénonceront la baisse considérable des budgets consacrés à l'aide aux pays en voie de développement et aux missionnaires qu'ils envoient vers la France ; cette baisse sera opportunément annoncée par le gouvernement au motif qu'un choix draconien s'impose désormais entre la généreuse mission de la France à -- et pour -- l'étranger et l'indemnisation des chômeurs nationaux ; exceptionnellement autorisé à paraître dans une importante émission politique à lui ordinairement refusée, le président d'un parti interdit par Bruxelles rappellera le mot fameux selon lequel "celui qui ne travaille pas ne doit pas manger", ajoutant que les chômeurs, en réalité, sont au chômage parce qu'ils refusent de travailler ; un obscur Collectif des Chômeurs Citoyens aura, dans un tract, le front d'exiger du gouvernement l'ahurissante inscription dans la Constitution d'un prétendu Droit au Travail (ce même Collectif renouvellera peu après son inadmissible provocation en évoquant l'obligation, pour les employeurs, d'engager les candidats les plus objectivement capables, et même de remplacer tout salarié en poste par tout chômeur démontrant, preuves à l'appui, l'incompétence ou simplement les moindres capacités du salarié en cause) ; enfin, sur le plateau d'une émission *intellectuelle* de télévision – ne pas rire --, des chômeurs hargneux surgiront à point nommé pour crier leur haine à l'égard des travailleurs et producteurs, osant même revendiquer un prétendu droit éternel et illimité aux indemnités ainsi que l'alignement des subsides ASSEDIC sur les salaires moyens, avec l'indécente revendication d'une prime pour Noël -- ce "happening" pourra longtemps être exploité avec profit, à chaque occasion. Les personnages négatifs seront, dans les films et feuilletons aux scénarios encore plus orientés que d'ordinaire, tous des chômeurs, souvent crypto-frontistes ou monarchistes. Très vite, à considérer la psychologie des foules, les chômeurs officiels feront l'objet de la réprobation générale, dans un climat de sourde hostilité -- pertinence éternelle de la vieille formule "divide et impera".
Vous aurez alors l'incomparable courage d'annoncer, *ad maiorem Europae gloriam*, la création de camps de concentration et d'extermination pour les chômeurs. Vous aurez évidemment pris la précaution, avant votre déclaration solennelle, d'organiser avec l'efficace concours des services de police, des Agences Locales pour l'Emploi et des Brigades Jeunes des Nouveaux Quartiers Populaires, le rassemblement, sans violences inutiles, dans le respect des Droits humains, de tous les chômeurs encartés : le nom de code de cette opération sera Vendanges Vertes, pour des raisons connues des oenologues. Comme ce grand aventurier qui fut par deux fois Président de la République, vous laisserez le temps au temps et les chiens aboyer -- car de certains esprits bornés prétendront sans doute contester votre décision, au nom des valeurs sociales et démocrates qui sont les fondements de la Grande Europe de Bruxelles. Vous aurez contre vous un quarteron de politiciens, de journalistes, de moralistes, de moralisateurs et de militants socialistes, tous coupés du pays réel, mais les peuples, adroitement convaincus par une propagande véridique, seront évidemment derrière vous. Vous expliquerez alors avec hauteur et fermeté les raisons de votre plan, dont vous assumerez sans états d'âme la responsabilité et la popularité (garantie par les sondages qui n'auront, cette fois, pas même besoin d'être orientés) : la survie de l'organisation sociale, économique, politique et commerciale était en jeu, qui exigeait une coupe claire dans les budgets, c'est-à-dire dans les catégories sociales inactives. L'élimination des branches toujours inutiles, souvent irrécupérables, parfois rebelles, était un sacrifice douloureux mais nécessaire au nom de l'abnégation universelle. Vous soulignerez le caractère absolument *exceptionnel* de la mesure, qui règle, *une fois pour toutes*, la question du nombre excessif des chômeurs, funeste héritage empoisonné des illégitimes gouvernements d'avant 1981. Au reste, pour emporter l'adhésion des éventuels derniers indécis, vous insisterez sur le caractère indolore et instantané du moyen retenu pour abréger les souffrances inconscientes des chômeurs égoïstes : des dômes à gaz mortels, dont aucun soi-disant historien révisionniste n'osera, cette fois, contester l'existence, fût-ce à titre de provocation indécente. Vous ajouterez d'ailleurs à l'intention des lettrés que l'écrivain Jean-Louis Curtis, de l'Académie Française, avait décrit un dispositif de ce type dans une nouvelle de science-fiction ; cette idée aura inspiré vos services techniques, qui auront toutefois refusé l'idée d'employer des bombes atomiques miniaturisées, pratiques mais indignes d'une grande puissance soucieuse d'écologie. En guise d'*ultima ratio reginae*, vous ajouterez en confidence chez TF1 avoir déjà refusé à une très importante firme internationale, spécialisée dans les cosmétiques et les produits pharmaceutiques, le droit d'exploiter les cadavres, réservant cette possibilité aux seuls services de la Santé Publique pour les greffes d'organes destinées à l’élite dirigeante, à l'exclusion de tout autre usage (vous pourrez même rappeler finement que l'opération Vendanges Vertes n'a rien de commun avec l'opération Soleil Vert) : les populations redoubleront d'admiration pour votre élégance morale, votre intégrité et votre souci de l'humain, même mort.
Incidemment, si, d'improbable manière, la question du chômage venait à resurgir, votre administration pourrait enfin appliquer avec succès les traditionnelles méthodes de camouflage, dont l'échec antérieur s'expliquait par le trop grand nombre de chômeurs. D'autres services gouvernementaux pourraient aussi traiter les nouveaux chômeurs au coup par coup – jeu de mots ! –, de manière plus radicale et plus discrète. Votre glorieux exemple, irréfutable dans sa logique et ses bénéfices, devrait évidemment inspirer vos collègues européens, confrontés eux aussi à la question d'un chômage excessif. Et si, dans les siècles prochains, le poids d'autres inactifs, comme les retraités et les personnes âgées, venait à se révéler insupportable pour les nouvelles jeunes générations, je veux espérer que ce plan, à peine modifié, saura inspirer vos successeurs – vous en aurez car, hélas !, vous n'êtes pas immortelle ! De fait, j'aime surtout à penser que cet éclatant succès politique et social vous apporterait en prime tous les soutiens populaires qu'impose encore une Constitution archaïque et dépassée afin de remporter les élections qui vous mèneront, Madame le Ministre, à la Présidence de la République, voire de l'Europe, à la hauteur des ambitions de vos géniteurs et de vos *partners in crime*.
10:56 | Lien permanent | Commentaires (2)
15/07/2026
Je plussoie (118)
Vous ne pouvez pas simultanément avoir un État-providence et une immigration libre.
Milton Friedman
Notre langage, notre musique et nos manières sont de plus en plus bruyants, égocentriques et agressifs, comme si la beauté et le bon goût n'avaient plus leur place dans nos vies. Un mot est écrit en grand sur toutes ces choses laides, et ce mot est « moi ».
Sir Roger Scruton
L’individu en foule est un grain de sable au milieu d’autres grains de sable que le vent soulève à son gré.
Gustave Le Bon
Les médias font le pari de la stupidité de leur auditoire.
Alexis Cossette
Observez comment les gens font preuve de crédulité et de conformisme grégaire, et de leur désir – voire de leur besoin – d’être dupés. La crédulité peut être une forme d’innocence, mais elle offre une opportunité aux personnes mal intentionnées et rusées d’exploiter leurs semblables.
Christopher Hitchens
Pour se protéger, la bourgeoisie inventera un antifascisme contre un fascisme qui n'existe plus.
Pier Paolo Pasolini
On ne peut opposer une oligarchie pervertie à un bloc populaire qui serait immaculé, exempt de tout. Les peuples ont les élites qu’ils méritent.
Patrick Buisson
Le plus troublant, dans la situation présente, n’est peut-être pas la transformation démographique de l’Europe en elle-même, mais l’incapacité des Européens à la nommer dans la langue de leur propre histoire. Ce que d’autres générations auraient immédiatement perçu comme une question de peuple, de continuité, de civilisation ou d’appartenance, nous ne savons plus l’appréhender qu’à travers les catégories neutres de la gouvernance, du droit et de la gestion des flux.
Antoine Dresse
Comme l'imagination a créé le monde, elle le gouverne.
Charles Baudelaire
Si tout sur Terre était rationnel, rien ne se produirait jamais.
Fiodor Dostoïevski
12:11 | Lien permanent | Commentaires (3)
Carte blanche (71)
Laissée à br
Très humble proposition
// 3
Le contraste est frappant avec la situation des chômeurs : ils ont beau, en majorité, se borner à profiter paisiblement de leur inactivité, ils sont néanmoins progressivement livrés à eux-mêmes, hors de tout contrôle social efficace. Même s'ils ne sont pas naturellement portés aux exercices intellectuels, ils risquent de réfléchir à leur situation, peut-être de trouver leur sort injuste, et même de songer à une révolte impie contre les puissances économiques et politiques qu'ils oseraient juger responsables de leur sort. Le malheur des temps a parfois de ces effets pervers, potentiellement irréparables... Si ces chômeurs désespérés étaient entraînés par de vils démagogues, meneurs qui cette fois ne seraient pas les traditionnels et inoffensifs agents provocateurs rémunérés par l'Etat, le pire serait à craindre, à savoir une contestation organisée de l'ordre naturel des choses, impensable dans votre société parfaite comme jamais société ne fut. Et les plus conscients des salariés inquiets, soumis aux impératifs catégoriques de la mondialisation heureuse autant que radieuse, pourraient considérer la rébellion avec une bienveillante neutralité, tant leur sort est à peine plus enviable. Cette éventualité est certes hautement improbable, elle n'est pas absolument impossible ; mais la défaite, évidemment inévitable, de ces damnés de la terre -- d'autant plus dangereux qu'ils n'auraient, eux, rien à perdre -- serait aussi leur victoire, puisqu'ils auraient contraint les autorités à révéler ce grand secret : la véritable nature de l'empire que vous exercez, avec vos maîtres et vos associés, sur le monde qui est vôtre, qui vous convient parce qu'il est là et que vous y êtes au pouvoir, et que vous devez maintenir tel qu'il est pour maintenir votre pouvoir sur lui. Le risque, en vérité, est déjà trop grand, puisqu'il existe. Or, "il y a de la révolte à s'imaginer que l'on se puisse révolter". Pour le gouvernement, la menace est là, qui réside dans la seule existence d'un trop grand nombre de chômeurs à la charge de la collectivité. Ces masses, pour n'être pas laborieuses, n'en sont que plus dangereuses ; qu'ils soient ou non inscrits à l'A.N.P.E. ou aux ASSEDIC, les chômeurs ne sont pas seulement inutiles, ils sont nuisibles.
J'en viens ici humblement, Madame le Ministre, à exposer mes idées qui, ce me semble, ne soulèveront pas la moindre objection : je vous donne les grandes lignes du projet, faisant confiance à votre intelligence, si manifestement supérieure, pour les détails, que vous laisserez d'ailleurs à vos collaborateurs -- *de minimis non curat Fuhrerina*. Le principe pourra vous sembler simple, voire simpliste ; je vous rappelle donc respectueusement cette vérité énoncée par le grand Clausewitz [[ce n’est pas de lui !]], à savoir qu'un grand général n'a pas nécessairement beaucoup de soldats.
Vous devez agir en deux temps : la tâche la plus urgente consiste à réduire considérablement le nombre des chômeurs, afin d'écarter tout doute odieux, forcément odieux, sur vos compétences. Aucun gouvernement ne saurait systématiquement invoquer les aléas de la conjoncture mondiale pour expliquer l'échec de sa politique. Les populations, déjà promptes à un injuste scepticisme, pourraient se lasser, voire passer du mépris à l'indifférence, et de l’indifférence à l’animosité.
Pour obtenir une spectaculaire diminution du nombre des demandeurs d'emploi, vos services s'interdiront le recours aux artifices traditionnels évoqués *supra*, déjà exploités au-delà du raisonnable, en vain. Ils ne se livreront même pas aux radiations massives, qui auraient comme un air de tyrannie administrative insupportable trop facile, pour les prévisibles oppositions, à dénoncer.
De fait, une habile propagande (fictions télévisées, articles dans la bonne presse, affiches, etc.) exploitera ce qui reste de sens civique chez le chômeur, qui sait bien (à moins d'être un fort mauvais sujet) devoir sa survie précaire à la seule compassion de l'Etat et de ses concitoyens, compassion d'autant plus admirable qu'elle n'est pas justifiée et qu’elle s’exerce au détriment de plus nobles causes telles que l’encouragement à l’invasion. L'inutile chômeur, rappelé aux lourds sacrifices qu'il impose injustement à la collectivité, sera incité à manifester personnellement et symboliquement son engagement de n'être plus jamais un chômeur : il devra spontanément -- plus ou moins -- démissionner de l'A.N.P.E., et renoncer au R.M.I.
D'émouvantes, mais sobres, cérémonies, inspirées des plus belles heures de la Révolution dite Française, pourraient marquer cet acte de dignité retrouvée. A son Agence Locale de l'A.N.P.E., le chômeur recevrait un ultime pécule en euros ainsi qu'un brevet de civisme citoyen ; puis à la mairie de son lieu de résidence, sous les applaudissements de fonctionnaires ayant congé pour l’occasion, il recevrait un certificat de non-assistance de l'Etat, et il serait rendu à l'état d'homme libre sans emploi, de *fantôme social*. La disparition des aides et indemnités serait compensée par la distribution régulière, placée sous le haut patronage posthume de saint Coluche, de colis contenant des denrées à peine périmées et des vêtements d’occasion (sans garantie aucune pour la taille). Seront évidemment rares les ex-chômeurs désireux de feindre encore la comédie d’un *très* hypothétique futur retour parmi les vivants – c’est-à-dire les contribuables. Ces menteurs seront pris en charge par des conseillers psychologiques et autres accompagnateurs de vie qui veilleront à éteindre, chez les parasites, cette ultime manifestation d’hypocrisie ou d'imagination.
Une fois revenue, grâce à la rapide et spectaculaire diminution du nombre *officiel* des demandeurs d'emploi, la confiance naturelle que l'administré doit éprouver à l'égard de ses maîtres, vous devrez, Madame le Ministre, exploiter cette divine surprise en supprimant définitivement non le chômage, qui n'est qu'un phénomène, mais bien les chômeurs, qui sont une réalité.
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Contrairement à ma prédiction l'Espagne a éliminé la France de la coupe du Monde de football. Sans doute trop habitué au pire, je voyais déjà la tête de psychopathe de Macron avec un sourire jusqu'aux oreilles tripoter du footballeur et vanter la France multicolore. Il est parfois bon de se tromper.
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