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12/04/2006

Je m'interroge (6)

Comment le ridicule homoncule Cauet peut-il être aussi populaire ?

 

Lex

 Si le délit d'opinion n'existe plus officiellement dans la législation française, celle-ci comporte toujours des articles suffisamment ambiguës pour permettent de sanctionner en toute sérénité les mal-pensants et les déviants idéologiques. Deux lois sont principalement utilisées : la répression de l'incitation à la haine raciale et l'interdiction d'une action menaçant de troubler l'ordre public. Elles sont évidemment utilisées avec le plus total arbitraire. Ainsi, la première autorise à poursuivre quiconque se poserait des questions embarrassantes sur les origines ethniques des délinquants et des criminels, mais ne daigne pas s'intéresser à certains rappeurs et à leurs appels au meurtre des "blancs" on ne peut plus explicites au motif qu'il s'agit là d'art et que ces auteurs ne font que rapporter un malaise existant réellement. La deuxième peut interdire une réunion sous prétexte qu'elle engendrerait des troubles dus à des manifestations d'opposants, ce qui est, avouons-le, plutôt paradoxale dans un état de droit qui se doit de garantir la liberté d'opinion et d'expression de ses citoyens à l'aide de la force public s'il le faut. Il suffit donc bien souvent de menacer de venir perturber une réunion tout ce qu'il y a de plus licite, mais n'ayant pas la faveur de l'idéologie dominante pour voir celle-ci tout simplement interdite par les autorités.

 

Le bruit barbare

On ne le répétera jamais assez : la dictature des nuisances sonores traduit la dégradation croissante du lien social. C'est une forme de terrorisme "soft", au quotidien.

Paradoxe du gouvernement : alors qu'il proclame à tout vent son écoute des gens d'en bas, il fait preuve de surdité à l'égard du premier sujet de plainte des Français, le bruit. La question n'a rien de secondaire : d'après un récent sondage, le bruit représente la première cause de nuisance pour 54 % de nos concitoyens ; 100 000 plaintes sont déposées chaque année contre les nuisances sonores.

On aurait pu s'attendre que le budget 2003 du ministère de l'écologie et du développement durable prenne en compte cette réalité. C'est le contraire : le budget prévisionnel de la lutte contre le bruit s'élève à 5,93 millions d'euros, soit 0,8 % environ du budget de ce ministère, à comparer aux 188,7 millions pour le "renforcement des missions transversales", essentiellement des dépenses de communication. Moins qu'une goutte d'eau dans le budget de l'État.

Dès lors, le but visé ne peut être que dérisoire : il consiste, en effet, à "poursuivre la lutte contre les pollutions sonores", c'est-à-dire l'aide à l'insonorisation des logements aux abords des routes et voies ferrées, et des bâtiments d'enseignement, de santé et des hôtels. Vu le nombre de lieux concernés, on se doute que la situation n'a aucune chance de s'améliorer. "Poursuivre la lutte" : comme cette lutte n'a jamais commencé, il s'agit en réalité d'un problème majeur que l'actuel gouvernement, à l'instar des précédents, se refuse de traiter.

Le bruit touche pourtant en priorité l'habitat populaire. Personne n'ignore que l'une des plaies de la vie dans les grands ensembles, et plus spécialement dans les cités, réside dans la violence sonore, qui est par elle-même une incitation à la violence tout court (c'est pourquoi les stations de RER diffusent de la musique douce).

L'atteinte à l'intégrité corporelle est évidente : subir nuit après nuit musiques et pétarades n'est pas moins pénible que de croiser un groupe de jeunes dans les halls d'immeuble. Il s'agit de l'incivilité la plus immédiate et la plus commune. Être pauvre, ce n'est pas seulement le chômage et le manque d'argent, c'est endurer le bruit des autres. Cette promiscuité qui touche les individus au cœur de leur vie intime accentue le stress, pose un problème de santé publique et favorise les haines à tonalité raciale.

Dans le même ordre d'idées, le bruit attaque les plus faibles. Pas uniquement les plus pauvres, mais les gens âgés, les malades, les femmes seules, tous ceux et celles qui n'ont pas les moyens physiques de faire cesser l'agression. Dans les faits, quel recours ces personnes ont-elles ? Aucun. Elles sont abandonnées à la tyrannie des bruyants, loi d'une jungle d'autant plus cruelle qu'elle est pratiquement niée.

Certes, le phénomène n'est pas nouveau : dans une lettre adressée le 30 mai 1937 au maire de Fontenay-aux-Roses, Paul Léautaud se plaignait des abus de la TSF : la rue où j'habite, écrivait-il, "commence, comme elle l'a été tout l'été dernier, à être inhabitable, journées et soirées, par les excès de sons auxquels se livrent les habitants de certains pavillons qui non seulement font marcher leur appareil au plus haut diapason, mais encore en tenant leurs fenêtres toutes grandes ouvertes, ou en plaçant même ledit appareil dans leur jardin. La liberté, vous le savez, c'est le droit pour chacun de faire ce qui lui plaît jusqu'à la limite du droit d'autrui".

La liberté, tout simplement ! Rien de nouveau sous le soleil. Sauf que le nombre d'appareils sonores a été multiplié jusqu'à saturation. Que les routes, autoroutes, aéroports, voies ferrées enserrent le pays dans un filet implacable. Que désormais même le sommet des montagnes est pollué par les engins à moteur. Que les gens bricolent de plus en plus, conséquence des 35 heures et des facilités fiscales, et que les week-ends résonnent de perceuses, foreuses, tondeuses, tronçonneuses, coups de marteau, auxquels il est impossible d'échapper. Heureusement, les frimas approchent. Ceux qui abhorrent le bruit se félicitent de la météo pourrie. Le beau temps est pour eux une calamité.

On ne le répétera jamais assez : la dictature du bruit traduit la dégradation croissante du lien social. Elle ne témoigne pas seulement d'un mépris abyssal pour l'intérêt d'autrui, elle fabrique un no man's land où tout est permis, comme sur la route. Ou comme dans les cités. C'est une forme de terrorisme soft, au quotidien.

A des degrés divers, l'espace public devient une zone de non-droit, intégralement remplie par la jouissance des uns et l'impuissance des autres. Il n'y a plus de citoyens ni de voisins, mais des bourreaux par insouciance et des victimes sans identité. L'espace du bruit n'appartient à personne. Non-communication maximum. Quintessence de l'incivilité.

Cela va au-delà de la confusion tout à fait inquiétante pour la démocratie entre les sphères publique et privée à laquelle on assiste par ailleurs, quand on voit par exemple les proches des politiques, épouses, époux, filles, fils, etc., mis sur le devant de la scène à parité avec les responsables et engagés dans leurs équipes, ou ces émissions de TV où les politiques et les histrions viennent se pavaner ensemble (on se souvient de Michel Rocard traîné dans la boue par un amuseur déplorable).

Dans le même temps, la violence augmente, aussi bien celle de l'économie que de la délinquance. La loi du plus fort s'imprime sur la psychologie ou sur le corps de l'autre. De plus en plus, chacun cesse de s'appartenir. Nouvelle barbarie, dont le raffut généralisé constitue l'un des signes.

Il faut reconquérir le droit au silence, liberté fondamentale au même titre que celle de circuler sans risques. On sait bien, toutefois, qu'il est difficile de comprendre la souffrance provoquée par le bruit quand on ne le subit pas soi-même, et qu'on n'ose pas demander le silence à ceux qui le brisent, par crainte de paraître importun. C'est en cela que le gouvernement peut agir. Il a enfin engagé la lutte contre les assassins de la route, c'est tout à son honneur. L'État doit cependant admettre que si la pollution par le bruit ne tue pas, elle appelle, comme la sécurité routière, un traitement spécifique et massif.

Le plus simple serait de commencer par une forte campagne de sensibilisation destinée au grand public. D'autres progrès viendront ensuite, et l'on s'étonnera peu à peu du délire sonore dans lequel on baigne. Éducation à la citoyenneté, une telle campagne inciterait les collectivités locales à s'impliquer dans la solution des cas les plus lourds (routes, aéroports, voies ferrées), mais d'abord elle permettrait à chacun de se sentir autorisé à intervenir contre les bruyants sans passer pour un ringard ou pour un gêneur. Elle faciliterait ainsi la responsabilisation mutuelle sans avoir besoin d'en appeler immédiatement à la répression. Elle aiderait, tout bonnement, à se comporter en adultes.

A un stade supérieur, plus philosophique en quelque sorte, il conviendrait de faire pour le silence comme on l'a récemment proposé pour la nuit, à présent disparue derrière les lumières urbaines : proclamer le silence patrimoine de l'humanité. Porté au niveau européen, ce projet exprimerait la vision de la société que défend justement l'Europe : une vision humaniste, fondée sur la liberté des individus. Ce sont des initiatives de ce genre qui aideront la civilisation à sauvegarder ses bienfaits et à l'emporter sur la barbarie rampante.

 

Jean-Michel Delacomptée

 

Le tour de France des monuments (choix absolument arbitraire) : La Turbie (06)

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10/04/2006

Les veilleurs

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Peter Adams

New York nocturne

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Cinq controverses

 1. Plus il y a d’armes à feu chez les particuliers et plus la société est dangereuse, c’est pour cela que nos dirigeants promulguent des lois toujours plus restrictives et tatillonnes afin d’en réglementer la possession et le port. Mais les choses sont-elles vraiment aussi simples ?

2. Pour beaucoup de monde, cela ne fait aucun doute, Christian Ranucci, condamné à la peine capitale et exécuté en 1976 pour l’enlèvement et le meurtre d’une fillette, est innocent. Le livre de Gilles Perrault, Le pull-over rouge, et la campagne pour l’abolition de la peine de mort y sont pour beaucoup. Mais Gilles Perrault a-t-il mené une enquête sérieuse et honnête pour écrire son ouvrage ? Gérard Bouladou, dans L'affaire du pull-over rouge: Ranucci coupable! se livre à une contre-enquête et arrive à des conclusions totalement différentes.

3. L’île de Gorée au Sénégal est le symbole de la déportation des Africains avec son incontournable Maison des esclaves, dernière étape avant l’exil. Pourtant, voici ce qu’écrit Christian Rioux dans Le Devoir, un journal québécois, le 30 septembre 2000 :

Dakar - L'île de Gorée est l'un des endroits les plus mythiques d'Afrique. Une sorte de lieu de pèlerinage à la mémoire des millions d'esclaves qui ont traversé l'Atlantique pour venir travailler ou mourir en Amérique.

En prenant le petit bateau qui relie l'île au port grouillant de Dakar, on a tout le loisir d'imaginer le sort de ceux qu'on traînait enchaînés vers l'inconnu. Difficile de ne pas être émus par le souvenir de ceux qu'on entassait comme des bêtes à 300 par bateau. C'est la tête chargée d'images qu'on pose donc le pied sur l'îlot de 900 m de long.

Peuplée de quelques centaines d'habitants, l'île située à la pointe ouest de l'Afrique a d'abord été occupée par les Hollandais, puis par les Français. Pendant deux siècles, elle a vécu du commerce lucratif des esclaves.

Ces maisons coloniales perdues au milieu d'une mer turquoise sont devenues un véritable lieu de culte. On vient par milliers chaque année, «surtout des États-Unis et de France», pour se recueillir devant la «Porte du voyage sans retour», par où les esclaves se seraient embarqués les chaînes aux pieds.

L'endroit a inspiré de nombreux romans, dont le récent Black, les chaînes de Gorée, du Québécois Paul Ohl. Il faut dire que la Maison des esclaves est devenue «patrimoine de l'humanité» depuis que l'Unesco a classé l'ensemble de l'île. La Fondation Danielle Mitterrand a financé une partie de ses rénovations. Bill Clinton, Nelson Mandela, Jean Chrétien et même le pape sont venus s'y recueillir. Toutes les télévisions du monde lui ont consacré de longs reportages, y compris Radio-Canada pas plus tard que cet automne.

Sauf que, comme dans tous les lieux de pèlerinage, il devient de plus en plus difficile de distinguer le mythe de la réalité.

Selon Abdoulaye Camara, directeur de l'Ifan (Institut fondamental de l'Afrique noire), et Joseph de Benoist, un historien jésuite aujourd'hui décédé, la maison présentée comme une construction hollandaise a en fait été bâtie par les Français en 1783 pour une riche métisse (une «signare») nommée Anna Colas. Les pièces du bas ont peut-être servi de logement à des esclaves domestiques mais sûrement pas à la traite. Il s'agissait essentiellement d'entrepôts à marchandises. L'esclaverie, qui a disparu, se situait non loin du fort qui abrite aujourd'hui le Musée historique.

Le mythe de la Maison aux esclaves doit beaucoup à l'indéniable talent du conservateur Boubacar Joseph Ndiaye, qui a mis une douzaine d'années à forger une légende qui a aujourd'hui force de loi. Une pièce de la maison est d'ailleurs tapissée des citations de ce militant noir anti-esclavagiste. Des photos de lui, croquées à côté de quelques-unes des sommités de ce monde, sont accrochées un peu partout.

En dehors de toutes considérations historiques, le coloré personnage raconte sans sourciller qu'«entre 15 et 20 millions d'esclaves noirs sont partis de Gorée». Un colloque tenu en 1977 sur l'île a pourtant conclu qu'il était impossible d'arriver à une évaluation aussi extravagante. Le père Benoist estimait à environ 500 le nombre d'esclaves qui auraient séjourné dans l'île chaque année. Les mêmes spécialistes réunis à Gorée évaluaient entre 12 et 25 millions le nombre total d'Africains qui ont traversé l'Atlantique en 300 ans.

Il apparaît aujourd'hui évident que Gorée n'a jamais été le centre de traite que l'on présente aux touristes naïfs. Les riches créoles qui tenaient l'île n'ont obtenu le privilège du commerce négrier qu'en 1766. La traite semble avoir été limitée aux «esclaves de case», utilisés pour le travail domestique et intégrés dans les familles de l'île au lieu d'être vendus.

Loin du mythe soigneusement entretenu à des fins touristiques, Gorée aurait donc joué un rôle mineur par rapport aux comptoirs de la Côte des esclaves (au Bénin), du golfe de Guinée et de l'Angola. De même, la fameuse Porte du voyage sans retour, où s'est recueilli le pape devant les caméras du monde entier, n'aurait été qu'un vide-ordures. On se demande pourquoi les négriers auraient jeté l'ancre en pleine mer alors que Gorée, qui signifie «bonne rade», a un port abrité.

Vous comprendrez qu'en visitant la petite île mon sang n'ait fait qu'un tour en entendant le guide comparer allégrement le drame des esclaves de Gorée à celui des Juifs morts pendant l'Holocauste. Les médias africains n'ont pas encore la sensibilité de ceux du Québec ou du Canada anglais. Ils sont aussi très influencés par les thèses militantes afro-américaines sur le sujet.

Sinon, je crois bien que le Sénégal aurait eu droit à sa petite affaire Michaud. Cela se passe dans une société où l'on ne pèse pas encore, comme ici, chaque demi-mot sur le sujet, avec les qualités et les défauts que cela comporte.

En visitant l'île, certains m'ont dit que les chimères que l'on colporte sur ce lieu ne changent rien au drame de l'esclavage. C'est vrai, surtout lorsqu'on sait qu'il n'a été aboli en Mauritanie... qu'en 1980! Il en va pourtant du droit de dire la vérité sur les sujets les plus délicats, même lorsqu'ils ébranlent quelques mythes. Quant à la mémoire des esclaves de Gorée, elle n'a vraiment, mais vraiment pas besoin de ces exagérations fantaisistes pour nous émouvoir.

4. Le général Georges Amstrong Custer (1839-1876) était-il vraiment le chef incompétent et le massacreur d’indiens maint fois décrit ? Ce site laisse penser que le personnage réel était très éloigné de sa légende noire.

5. Il est couramment admis que le site de l’antique bataille d’Alésia se trouve à Alise-Sainte Reine. C’est pourtant loin d’être aussi certain, comme l’explique les partisans de sa localisation aux Chaux Des Crotenay. Pour ce faire une idée, la visite de l’excellent et très complet site de l’Institut Vitruve est recommandée.