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21/02/2020

Romain

[Un] extrait de l'entrevue qui voit le vieux romain sénateur Macer, auteur d'un libelle peu favorable aux chrétiens, convoqué par un Constantin vainqueur de Maxence :

 

"L'empereur se leva et marcha vers la fenêtre. Il parut s'absorber dans la contemplation du jardin, à trente pieds au-dessous. Puis il se retourna pour me faire face. Je fus frappé par l'expression nouvelle de son visage. Le coin de ses lèvres n'était plus relevé par l'amorce d'un sourire. Dans les larges yeux étincelants, une lueur inquiète vacillait.

- Ton libelle est habile, dit-il. Tu commences par faire justice des calomnies qui s'efforcent de salir les Chrétiens, et tu rends hommage à leurs vertus. Mais ce n'est que pour les mieux accabler ensuite sous les jugements les plus durs. Il fit une pause ; puis, avec une sorte de curiosité :

- Pourquoi hais-tu les Chrétiens ainsi ?

- Seigneur, ce n'est pas eux que je hais, mais ce qu'ils professent.

- Leur Dieu est puissant. Par deux fois, sa puissance s'est manifestée à Nous.

La voix s'était altérée sur ces derniers mots. La lueur d'inquiétude s'aviva dans les prunelles enfantines. Je me demandai si, comme le veut la rumeur publique, l'empereur avait eu vraiment le privilège d'une vision surnaturelle, si vraiment un signe lui était apparu dans le Ciel. Je ne doutais pas qu'il ne fût un être profondément religieux, peut-être même un inspiré.

- Toi, reprit-il, en quel Dieu crois-tu ?

Je me recueillis un instant. Quand je parlai, ce fut aussi à voix presque basse, comme dans un sanctuaire. "Seigneur, comme Sénèque, je crois que la matière est animée par un esprit universel, par une intelligence divine, à laquelle peut-être nous participons, comme les étincelles éphémères et sans cesse jaillissantes d'un immense et éternel brasier. Tel est le Dieu auquel je crois et que j'adore. Le soleil est son image vivante. Toutes les divinités secondaires, celles à qui nous avons donné des noms, les divinités des champs, du foyer, de la cité, Eros lui-même, ne sont que les aspects partiels, diversifiés de la même énergie divine. Telle est ma religion : Dieu est un, Il est partout, Il est en nous, Il est nous. Pourtant, nous sommes mortels : car si notre part spirituelle se fond, après notre mort, dans l'immensité divine, ce sera comme une parcelle indistincte, non personnelle, non individuelle, qui n'aura aucun souvenir de son existence terrestre, ni d'autre conscience qu'une conscience universelle. C'est dire que nous mourons tout entiers, ici-bas. Nous devons donc renoncer à toute espérance d'immortalité : elle est une consolation illusoire, un leurre. C'est ici-bas que notre destinée est circonscrite et qu'elle doit s'accomplir : sur cette terre. L'étincelle fugitive que je suis, qui a jailli de l'éternel brasier et qui est destinée à s'éteindre, cet être d'un instant, cet homme périssable est lié à d'autres hommes d'un même lieu, qui est la patrie latine, d'une même race, qui est notre race latine, d'une même langue, la langue latine, d'une même organisation, qui est l'empire dont tu tiens la destinée dans tes mains. Je suis solidaire des hommes qui parlent la même langue que moi avant d'être solidaire de tous les hommes. Je suis solidaire de Rome, comme un fils l'est de sa mère. Je suis solidaire de l'empire. Tant que je suis vivant, mon allégeance est à l'empereur, à l'empire, à Rome, au génie latin, à mes pères et à l'œuvre accomplie par mes pères, que cette œuvre soit un champ labouré, une chaumière, un temple, une loi ou un livre. Cette allégeance est le fondement même de mon être ; sans elle, je ne suis rien ici-bas, même si je suis, dans l'ordre spirituel, une étincelle du foyer divin. C'est pourquoi, Seigneur, je condamne la doctrine chrétienne, qui veut abolir la vocation terrestre de l'Homme au profit de sa vocation céleste. Pardonne-moi (je me jetai à ses pieds) d'avoir parlé si longuement et d'avoir peut-être abusé de Ton impériale patience. Mais, Seigneur, même si, pour obéir à Ta volonté, je consens à me taire sur ce qui m'afflige, je n'en continuerai pas moins, dans le secret de mon esprit et de mon cœur, à penser que les Chrétiens sont une plaie au flanc de l'empire, et que le génie de Rome s'anéantira lui-même s'il s'abaisse jamais à reconnaître pour Dieu un vagabond juif, crucifié voici trois siècles entre deux voleurs."

Le mauvais choix

Jean-Louis Curtis

 

Merci à Blumroch

Commentaires

admirable réponse du Sénateur Macer à Constantin .. comment mieux dire ? toute la spiritualité européenne si clairement exprimée ?

Écrit par : EQUALIZER | 22/02/2020

Quelques extraits supplémentaires pris dans *Le mauvais choix*, qui inciteront peut-être à y aller voir. A regret, je renonce à la description de la Rome parisienne et cosmopolite : c'est digne de Juvénal, mais nous sommes déjà à une époque où une citation classique peut attirer les ennuis, à commencer par le Conavia virus LBD-40-2022.

Sages recommandations filiales d'un oncle à son neveu :
"Tu acceptes trop facilement les diktats de la mode, me disait Lucien. Va donc vérifier toi-même ce qui en est. Fie-toi à tes réactions spontanées, c'est probablement elles qui ont raison, contre l'opinion reçue. Si, lisant tel penseur renommé, tu sens obscurément que c'est un con, cesse de le penser obscurément. Cours sur la place publique et crie : "C'est un con." Tu seras haï, insulté, vilipendé. C'est le prix à payer pour la liberté d'esprit. Et si tu te trompes ? Tant pis. Mieux vaut se tromper dix fois qu'être dupe cent fois. Mieux vaut passer pour un prétentieux que de se conduire en ilote saoul de conformisme. Mieux vaut grincer que bêler. Si tu trouves que tel texte considéré comme sacré n'est que du charabia, dis "C'est du charabia.", n'aie pas peur. Et inversement, ose avouer tes admirations, tes enthousiasmes, contre les dédains des censeurs officiels. Si tu n'as pas ces courages-là, tu ne seras jamais un esprit libre. Tu seras un mouton."

Portrait de l'oncle par le neveu qui commence, confusément, à le comprendre :
"Il [Lucien Mazerel] était discrédité par la clarté même de son intelligence et de sa langue : ce que l'on comprenait si facilement ne pouvait être profond (c'était, hélas, mon opinion à cette époque)... Il était discrédité enfin par sa gaieté, par le peu de cas qu'il semblait faire de ses propres idées -- bref, par tout ce qu'il avait d'éminemment civilisé. Un vrai penseur du XXe siècle emploie un autre langage, un langage philosophique, technique... Lucien Mazerel n'utilisait pas les termes du jargon sacré réservé aux authentiques penseurs modernes ; il utilisait les mots de tout le monde : comment aurait-on pu le prendre au sérieux ?"

Dans *Le poison jacobin* de Lucien Mazerel, ces considérations sur les membres du clergé progressiste et leurs pauvres tactiques :
"Gavés, entretenus, pensionnés, adulés, ces petits maîtres continuent de tonner sereinement, dans leurs articles de journaux et leurs ouvrages, contre le capitalisme corrupteur. Quelques-uns sont inconscients. D'autres, on veut le croire par égard pour eux, sont cyniques comme Dom Juan : *C'est sous cet abri favorable que je veux me sauver et mettre en sûreté mes affaires... Que si je viens à être découvert, je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toute la cabale, et je serai défendu par elle envers et contre tous... L'hypocrisie est un vice privilégié qui de sa main ferme la bouche à tout le monde et jouit en repos d'une impunité souveraine. C'est un art de qui l'imposture est toujours respectée, et, quoi qu'on la découvre, on n'ose rien dire contre elle.* Toute la tirade s'applique mot pour mot aux faux dévots d'aujourd'hui. Elle n'a rien perdu de sa sublime virulence.
Sectaire et snob, la gauche dite intellectuelle se signale encore par un mépris haineux pour les classes moyennes, c'est-à-dire pour quatre-vingts pour cent de la population française : "tiercé-télé", "poujadisme" sont parmi les mots-pivots de ce mépris. Il n'y a vraiment que l'intelligentsia gauchisante pour abhorrer le peuple à ce point. Contre ses adversaires, la coterie use de trois tactiques fondamentales : la culpabilisation, l'intimidation, le silence. Ou elle les accuse de tous les crimes contre l'humanité (néo-colonialisme, exploitation des travailleurs, répressions fascistes en Amérique latine et ailleurs). Ou elle lance contre eux le rouleau-compresseur du jargon politico-philosophique dont elle a l'usage. Ou enfin, sa tactique préférée, elle passe sous silence, systématiquement, dans la presse et les autres médias, leurs noms, leur action et leurs ouvrages."

La conclusion du *Contre les chrétiens* de Lucius Mamilius Macer :
"Ils sont parmi nous comme un corps étranger dans un organisme vivant. Lorsqu'un fragment de bois ou de toute autre matière pénètre profondément dans notre chair, le chirurgien doit l'extirper avec un scalpel, ou bien une plaie se forme autour de l'objet enkysté ; elle ne tarde pas à suppurer ; et, de proche en proche, la gangrène infecte les chairs saines et bientôt l'organisme tout entier. De même, les chrétiens, enkystés dans le corps romain, le menacent de corruption et de mort. Il faut extirper le mal. Que les chrétiens composent avec nous, ou qu'ils subissent nos justes rigueurs. Ce n'est pas seulement notre tranquillité qui est à ce prix. C'est notre intégrité comme race, comme nation, comme puissance. C'est notre survie, celle de l'empire et celle du génie latin."

Et cette remarque si étrangement familière pour nous, véritablement en exil sur le sol de notre patrie :
"Nous sommes encore tolérés, mais pour combien de temps ?"

"Comment is redundant", comme dit Theodore Dalrymple.

Une dernière pour la route vers le Macronistan inférieur (que pourrait-il être d'autre ?) :
"Le principe de base est d'avoir avec soi la police, l'armée et une bureaucratie privilégiée, donc aux ordres. A partir de là, rien de plus facile que de propager dans le public un insidieux sentiment de terreur ou, du moins, d'inquiétude : "On vous a à l'oeil ; prenez garde ; conformez-vous, ça vaudra mieux pour votre santé." Quand cette sorte de menace sourde, informulée mais présente, est propagée dans le public, rien ne résiste. Même un peuple prétendument irrespectueux, frondeur, épris de liberté, comme les Français, finit par se soumettre. Il y aura des rebelles, il y en a déjà ; mais la masse suivra."

La masse ne suit plus ; maintenant, à l'image des journalopes, des miliciens et des juges, elle précède. :-(

Écrit par : Blumroch | 22/02/2020

Le christianisme, arrivé en même temps que l'empire ne lui a pas fait grand mal pendant son âge d'or, lui fournissant même de temps en temps des figurants pour les jeux du cirque. Il ne s'est imposé que lorsque les dieux anciens ont commencé à entrer dans une léthargie irréversible.

Écrit par : Pharamond | 23/02/2020

@Pharamond : Il a assassiné une Rome ayant eu le tort d'oublier les durs enseignements et les âpres leçons de ses fondateurs. Tout ce qui vient des déserts est maudit.
Avec le retour des offrandes et des sacrifices, les Anciens Dieux sortiront de leur dormition, quitteront leurs linceuls de pourpre et reviendront, "immenses, les yeux terribles, drapés de gloire." ;-)
Just joking... Ni tétragramme ni égrégore, mais Crom et Crom seul ! ;-)

Écrit par : Blumroch | 23/02/2020

Si Rome n'a pas eu la force, le courage ou l'intelligence nécessaire pour se débarrasser de ce qui la tuera c'est que les choses sont bien ainsi. Ce qui nous arrive n'est guère différent avec notre annihilation dans la joie.

Écrit par : Pharamond | 23/02/2020

@Pharamond : Moi aussi, j'peux citer les bonnes pages d'un bon site -- ainsi de ces propos sur Rome :
http://guerrecivileetyaourtallege3.hautetfort.com/archive/2017/08/29/je-plussoie-16-5974916.html

Écrit par : Blumroch | 24/02/2020

Mais moi je n'ai pas l’œil de Sauron ;-)

Écrit par : Pharamond | 24/02/2020

@Pharamond : Loupé ! ;-) C'est Deukdeukgo qui m'a donné la référence avec cette requête exploitant la syntaxe "site:" :
//
"le mauvais choix" site:http://guerrecivileetyaourtallege3.hautetfort.com
//
Les automates de recherche oublient parfois, sans raison, des résultats que donne l'OEil de Sauron.

Écrit par : Blumroch | 24/02/2020

On va dire que c'est le petit doigt de Sauron ;-)

Écrit par : Pharamond | 24/02/2020

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