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10/12/2018

La violence politique

« Le problème de la violence politique c’est qu’elle n’a de sens que si elle correspond à une tension sous-jacente de la société… Or il n’y a pas d’animosité populaire contre Mac Do (je suis le premier à le regretter mais c’est comme ça…) et donc la destruction de l’un d’eux ne peut pas rencontrer d’écho et passe pour du vandalisme comme un autre… La violence politique ne peut être comprise – et donc utile – que si elle incarne les pulsions non assumées du plus grand nombre… Il faut être le bras armé des frustrations populaires, pas les gros bras d’une idéologie incomprise. »

Xavier Eman

Commentaires

LA VIOLENCE, donc. Celle dont les vilains nous disent qu'elle n'est pas la solution...

Écrit par : La Bleue | 12/12/2018

*Mutatis mutandis*... :

"À compter de ce jour les attentats anarchistes se succédèrent durant une semaine sans interruption. Les victimes furent nombreuses, elles appartenaient presque toutes aux classes pauvres. Ces crimes soulevaient la réprobation publique. Ce fut parmi les gens de maison, les hôteliers, les petits employés et dans ce que les trusts laissaient subsister du petit commerce que l’indignation éclata le plus vivement. On entendait, dans les quartiers populeux, les femmes réclamer des supplices inusités pour les dynamiteurs. (On les appelait ainsi d’un vieux nom qui leur convenait mal, car, pour ces chimistes inconnus, la dynamite était une matière innocente, bonne seulement pour détruire des fourmilières et ils considéraient comme un jeu puéril de faire détoner la nitroglycérine au moyen d’une amorce de fulminate de mercure.) Les affaires cessèrent brusquement et les moins riches se sentirent atteints les premiers. Ils parlaient de faire justice eux-mêmes des anarchistes. Cependant les ouvriers des usines restaient hostiles ou indifférents à l’action violente. Menacés, par suite du ralentissement des affaires, d’un prochain chômage ou même d’un lock-out étendu à tous les ateliers, ils eurent à répondre à la fédération des syndicats qui proposait la grève générale comme le plus puissant moyen d’agir sur les patrons et l’aide la plus efficace aux révolutionnaires ; tous les corps de métiers, à l’exception des doreurs, se refusèrent à cesser le travail.

La police fit de nombreuses arrestations. Des troupes, appelées de tous les points de la confédération nationale, gardèrent les immeubles des trusts, les hôtels des milliardaires, les établissements publics, les banques et les grands magasins. Une quinzaine se passa sans une seule explosion. On en conclut que les dynamiteurs, une poignée selon toute vraisemblance, peut-être moins encore, étaient tous tués, pris, cachés ou en fuite. La confiance revint ; elle revint d’abord chez les plus pauvres. Deux ou trois cent mille soldats, logés dans les quartiers populeux, y firent aller le commerce ; on cria « Vive l’armée ! »

Les riches, qui s’étaient alarmés moins vite, se rassuraient plus lentement. Mais à la Bourse le groupe à la hausse sema les nouvelles optimistes, et par un puissant effort enraya la baisse ; les affaires reprirent. Les journaux à grand tirage secondèrent le mouvement ; ils montrèrent, avec une patriotique éloquence, l’intangible capital se riant des assauts de quelques lâches criminels et la richesse publique poursuivant, en dépit des vaines menaces, sa sereine ascension ; ils étaient sincères et ils y trouvaient leur compte. On oublia, on nia les attentats. Le dimanche, aux courses, les tribunes se garnirent de femmes chargées, appesanties de perles, de diamants. On s’aperçut avec joie que les capitalistes n’avaient pas souffert. Les milliardaires, au pesage, furent acclamés.
[...]
Néanmoins, on ne pouvait conserver d’illusions : l’ennemi invisible était maître de la ville. Maintenant le bruit des détonations régnait continu comme le silence, à peine perceptible et d’une insurmontable horreur. Les appareils d’éclairage étant détruits, la ville demeurait plongée toute la nuit dans l’obscurité, et il s’y commettait des violences d’une monstruosité inouïe. Seuls les quartiers populeux, moins éprouvés, se défendaient encore. Des volontaires de l’ordre y faisaient des patrouilles ; ils fusillaient les voleurs et l’on se heurtait à tous les coins de rue contre un corps couché dans une flaque de sang, les genoux pliés, les mains liées derrière le dos, avec un mouchoir sur la face et un écriteau sur le ventre.

Il devenait impossible de déblayer les décombres et d’ensevelir les morts. Bientôt la puanteur que répandaient les cadavres fut intolérable. Des épidémies sévirent, qui causèrent d’innombrables décès et laissèrent les survivants débiles et hébétés. La famine emporta presque tout ce qui restait. Cent quarante et un jours après le premier attentat, alors qu’arrivaient six corps d’armée avec de l’artillerie de campagne et de l’artillerie de siège, la nuit, dans le quartier le plus pauvre de la ville, le seul encore debout, mais entouré maintenant d’une ceinture de flamme et de fumée, Caroline et Clair, sur le toit d’une haute maison, se tenaient par la main et regardaient. Des chants joyeux montaient de la rue, où la foule, devenue folle, dansait.

— Demain, ce sera fini, dit l’homme, et ce sera mieux ainsi.

La jeune femme, les cheveux défaits, le visage brillant des reflets de l’incendie, contemplait avec une joie pieuse le cercle de feu qui se resserrait autour d’eux :

— Ce sera mieux ainsi, dit-elle à son tour.

Et, se jetant dans les bras du destructeur, elle lui donna un baiser éperdu."

La fin de *L'île des pingouins* baigne dans une lumière crépusculaire.

Écrit par : Blumroch | 12/12/2018

La Bleue > Pour une fois que les casseurs sont utiles.

Blumroch > Ecrit au début du siècle (le précédent) c'est étonnamment moderne.

Écrit par : Pharamond | 12/12/2018

rien que pour avoir un baiser éperdu d'une femme ( jeune! oui, jeune) , avec les cheveux défaits, ça vaut le coup de devenir destructeur,non?

Écrit par : kobus van cleef | 13/12/2018

Au Moyen-Age les participants à un tournoi arboraient souvent un voile donné par le gente dame. Le regard et mieux le baiser de sa belle enhardit depuis la nuit des temps.

Écrit par : Pharamond | 13/12/2018

Voilà qui donnerait envie de revoir l'*Ivanhoé* de Richard Thorpe (pour Elizabeth Taylor, somptueuse), *Les chevaliers de la table ronde* du même Richard Thorpe (pour Ava Gardner, magnifique) et même le moderne *Chevalier* de Brian Helgeland (pour Shannyn Sossamon, bien mignonne).

Écrit par : Blumroch | 13/12/2018

@Blumroch

J'aime bien votre côté Eddy Mitchell. Ca me rappelle le temps de ma jeunesse où je regardais la dernière séance.

Écrit par : Sven | 13/12/2018

Xavier Eman voit, comme souvent, juste.
L'américanisation est le pire des maux qui nous ait touché.

Écrit par : Sven | 13/12/2018

Blumroch > Pour avoir revu un ou deux de ces classiques adulte j'avoue avoir eu un peu de mal avec ce Moyen-Age en technicolor. La naïveté de ces œuvres sied à la jeunesse et surtout à la nôtre. Je doute que les jeunes d'aujourd'hui abreuvés de "Fast and furious", "Saw" et "Twilight" sinon de films X n'apprécient ces livres d'images sans sexe ni sang.

Sven > Oui, Xavier Eman voit souvent juste. L'américanisation en nous coupant de nos racines et en nous hébétant à ouvert la portes aux autres maux plus violents, spectaculaires, mais moins insidieux.

Écrit par : Pharamond | 13/12/2018

Sven > Je vous ai envoyé un e-mail en début de semaine, l'avez-vous reçu ?

Écrit par : Pharamond | 13/12/2018

@Pharamond : Vous n'avez pas tort, mais dans ces vieux films, que de jolies actrices... ;-) Et de beaux sentiments : sens du devoir, respect de la parole donnée, héroïsme...
@Sven : Ouch, this *hurts* ! Je trouve le Mitchell aussi faux que le Jauni. ;-)

Écrit par : Blumroch | 13/12/2018

@Blumroch

Ce n'était pas le but. Mais vous lire parler des grands classiques du cinéma américain des années 50 m'a rappelé de bons souvenirs:
https://www.youtube.com/watch?v=hZZ5-PkXccs
Quel changement en 30-35 ans.
Quoiqu'on pense d'Eddy Mitchell, ces films ne seraient jamais repassés sans lui.
J'aime bien la parodie qu'en fait Laurent Gerra. Je n'ai pas réussi à trouver un lien qui fonctionne.

Écrit par : Sven | 13/12/2018

@Sven *et alii* : "I was joking" et "No offense was intended", hence the smiley ! ;-)
De très nombreux classiques avaient déjà été proposés par le ciné-club de Claude-Jean Philippe et Patrick Brion.
Parlant de parodie télévisée, celle des "Dossiers de l'écran", à la fin de *Papy fait de la résistance*, est divertissante.
https://www.youtube.com/watch?v=jhZx_Ns5oJA

Le "violent" (saint Gaffiot nous rappelle que "violentia", c'est aussi "un caractère farouche, indomptable") mouvement des Gilets jaunes permet de faire d'étonnantes découvertes. Un récent commentaire du "Blog de Wendy" m'a mené ici :
https://www.doublecause.net/index.php?page=Gilets_Jaunes.htm
Au rayon des excentriques, le C.N.R.S. n'a manifestement pas que Jean-Pierre Petit à proposer. ;-)

Écrit par : Blumroch | 13/12/2018

Super lien, merci Blumroch !

Écrit par : Carine | 14/12/2018

Toujours sur les gilets jaunes:
http://www.aredam.net/suppositions-concernant-le-mouvement-des-dits-gilets-jaunes.html

Sur le site http://www.aredam.net/, pas mal d'analyses intéressantes.

Écrit par : Tintin | 14/12/2018

@Pharamond

Moi qui ai été élevé à la BD catho, du style Thierry de Royaumont, la meilleure BD de tous les temps, dixit J.P. Dionnet (je sais, ce n'est pas une référence) j'ai découvert, il y a quelque temps une réalisation superbe: Le Roy des Ribauds, de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, chez Akileos à Talence, près de chez vous.
Le Moyen-Age sous un autre angle.
La France sous Philippe Auguste
Trash au possible, ça change d'Ivanhoé.

Brugeas et Toulhoat se sont fait connaitre en créant une uchronie sur la deuxième guerre mondiale: Block 109.

Écrit par : Tintin | 14/12/2018

Blumroch > Côté beaux sentiments et belles actrices je ne peux qu'être d'accord.

Ouch ! un coup de poing de nostalgie cette vidéo. Super soirées télévisées ; comment imaginer le sinistre crétin qu'est Eddy Mitchell sortie de ce rôle qu'on aimerait croire qu'il n'était pas de composition.

Tintin > Le deuxième lien ne mène nulle part, pour le reste il ne faut pas croire le Système omnipotent, il fonctionne grâce à l'argent et à l'accord sinon la participation plus ou moins consciente du plus grand nombre, mais l'incurie et le laisser-aller y règne comme partout ainsi que les crétins issus de la cooptation.

Je n'aime pas la BD et la celle inspirée par l'Histoire n'est trop souvent qu'un prétexte à y intégrer en toute impunité sexe, violence et cruauté avec parfois des idées progressistes anachroniques. Et les affreux nazis ne sont pas en reste :
http://guerrecivileetyaourtallege3.hautetfort.com/archive/2011/07/15/sont-forts-ces-nazis-27.html
Ceci dit je ne connais pas celle que vous citez.

Écrit par : Pharamond | 16/12/2018

@Blumroch

Je n'étais pas né lors pour le premier tiers de Ciné-club. Je crois me souvenir que cette émission passait tard le vendredi soir sur la deux. J'ai dû regarder quelques fois.
Les dossiers de l'écran, ça m'évoque quelques souvenirs: l'armée des ombres, le vieux fusil, ... Si la parodie est divertissante, j'avoue, il se dégage une impression de malaise avec les films de la troupe du splendid. C'est l'esprit canal avant l'heure, la mise en avant des déviants, le mépris du peuple français...

@Pharamond
Je suis un peu d'accord avec vous. Je suis surpris de voir ce que les parents tolèrent que voient leurs jeunes enfants. Je suis persuadé qu'avant 10 ans, les enfants actuels peuvent regarder Robin des Bois, Ivanohé ou les films de cape et d'épée avec Jean Marais. Et qu'ils en garderont un bon souvenir. Pour faire le lien avec un de vos récents billets, j'étais tombé par hasard, en cherchant un dessin animé pour mes enfants, sur Robin du Sentier: https://fr.wikipedia.org/wiki/Robin_des_bois,_la_v%C3%A9ritable_histoire. Incroyable tellement c'est caricatural.
Ca fait drôle de replonger dans les années 80. Que vous a fait Mr Eddy? Il est sûrement de gauche comme la majorité des artistes.

Écrit par : Sven | 19/12/2018

@Sven : L'écart entre les faits et leur déformation (volontaire ou non) était bien souligné dans cette parodie de débat. Au reste, à considérer la nouvelle histoire révisée, ce n'est même plus une caricature.
C'est peut-être du côté des dessins animés et films russes qu'il faut chercher des distractions décentes pour enfants. En tout cas, je déconseille *La rose et la flèche* (*Robin and Marian*) de Flescher, véritable exercice de révisionnisme désacralisateur -- et de plus fort mal joué ! ;-)

Écrit par : Blumroch | 19/12/2018

Sven > 1% de la population pourtant... Mais cette simple remarque n'est-elle pas déjà antisémitique ?
Les rares fois où ce crétin d'Eddy parlait d'autre chose que de musique ou de cinéma ça ne volait pas haut et n'était que lieux communs gauchistes.

Écrit par : Pharamond | 20/12/2018

J' aimais bien la dernière séance de Mr Eddy , au cinéma Le Ranelagh (Paris 16) que je fréquentais assidument fin des années "60" avec un ami cinéphile . Tant que Eddy parle cinoche ou chante ça va .. en politique c' est un con de gaucho .. La salle du Ranelagh (ancien théâtre) était -est encore?- superbe . Pour y aller on passait par le chemin qui longe en partie le mur du jardin de l' ambassade de Turquie .. on s' arrêtait toujours à la borne des Barons de Passy .. comme un air de campagne et d' Ancien Régime . Et au retour , on ne manquait pas d' "arroser" le mur ... ;-)

Écrit par : EQUALIZER | 20/12/2018

Une autre époque...

Écrit par : Pharamond | 20/12/2018

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