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14/12/2017

Père

« Et ainsi, partout constate-t-on une volonté de tuer les pères. Parce que la logique de la décadence implique la décapitation du père. Qu'il s'appelle Dieu, le chef, le patron, l'officier, le prêtre, le professeur ou le pater familias, le simple père de famille. Ou plus simplement encore, pour ces dames du MLF, l'homme. Il suffit maintenant d'être homme pour paraître aux yeux de certaines femmes une créature maudite. Pourquoi ? Parce que le père est symbole de tradition, d'autorité, de virilité honnie aujourd'hui puisque toute décadence est féministe, féminoïde et infantile, bien entendu. Je ne fais là aucune misogynie quelconque mais une constatation étale et tranquille : toutes les décadences se jettent vers la mère. La mère est toute indulgence, tout pardon. Elle est toujours prête à accueillir la contestation des fils, c'est bien connu. Elle est la nourricière, elle est presque la société de consommation aux seins énormes. Et le père que dit-il ? Qu'il faut que les enfants obéissent, qu'ils deviennent costauds, qu'ils aient un avenir, qu'ils assurent la garde de la maison — ça s'appelle l'armée —, qu'ils assurent la lignée, etc. C'est moins drôle, évidemment, alors on lacère l'image symbolique et l'image sociale du père. »

Jean Cau

L'entrevue entière sur Zentropa d'où est tiré cet extrait.

Commentaires

Merci pour le rappel de cet écrivain parti trop tôt rejoindre la Garde des Ombres de Volkoff ... à lire sur le lien Wiki , ce qu' en a dit Alain Delon , bel hommage .
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Cau

Écrit par : EQUALIZER | 15/12/2017

EQUALIZER > Un auteur de Droite à l'ancienne avec ses contradictions mais comme on en fait plus.
Delon non plus n'est pas à une contradiction près, mais il a le courage de n'avoir n'a jamais renié ses amis.

Écrit par : Pharamond | 17/12/2017

Sur ce thème, un extrait d'un auteur bien oublié, qui montre que certaines sottises féministes sont intemporelles -- on pourrait remonter plus loin encore, sans doute jusqu'à Aristophane, mais la démonstration est déjà assez éclairante, qui est à rapprocher de cette saynète :

http://amoyquechault2.over-blog.com/2017/12/castration.html

(Le narrateur, Jérôme, et sa douce, Malvina, entrent ici en saint-simonisme comme en religion maçonnique. A noter ces concessions au genre fantastique : contrairement à ses soeurs modernes, Malvina n'est ni haïssable, ni sotte, ni d'une "beauté difficile" comme on disait en d'autres temps).

"Le premier jour où nous parûmes, Malvina et moi, sur le banc des nouveaux catéchumènes, la discussion s'engagea au sujet des droits de la femme, de l'émancipation de la femme. Un beau parleur de l'assemblée cherchait à prouver la supériorité de notre sexe sur l'autre ; il s'appuyait sur des documents historiques, sur les différences d'organisation, sur les lois de ]a nature. A diverses fois, Malvina avait témoigné son impatience, quand tout à coup, ne pouvant se contenir, elle se leva :
– Mon père, dit-elle au président, j'éprouve le besoin de répondre ce muguet ; je demande la parole.
– Vous l'avez, ma soeur, dit le président.
– A la bonne heure, reprit-elle, je me dégonflerai. Qu'est-ce qu'il vient donc de nous chanter, ce linot, que notre sexe est fait pour obéir, le sien pour commander ? Ils sont tous comme ça, ces serins d'hommes. En public, roides comme des crins ; dans le tête-à-tête, souples comme des gants. Connu ! connu !
A cette sortie, l'assemblée entière fut saisie d'un fou rire. Les grisettes étaient en nombre : le triomphe de Malvina fut le leur.
– Bravo! bravo ! criait-on.
Malvina rayonnait ; elle reprit :
Ah ! voulez-vous voir comment on les éduque, les hommes, quand on s'en donne la peine. Eh bien ! on va vous en offrir le spectacle, !a vue n'en coûte rien. Ici, Jérôme.
C'était moi que Malvina apostrophait en y ajoutant un signe de l'index qui ne me laissait aucun doute sur son intention. J'aurais vouiu être à cent pieds sous terre. J'allais servir à une exhibition, j'allais poser. Un moment je songeai à désobéir ; mais l'air de Malvina était si impérieux, elle semblait si peu douter de ma soumission, que je n'osai pas intervertir les rôles. Les pères saint-simoniens paraissaient d'ailleurs enchantés de la tournure que prenait la scène : c'était pour eux une démonstration vivante, et autour de moi tout le monde m'encourageait à m'y prêter. Je me rendis donc au geste de Malvina. Quand je fus à sa portée, elle me mit la main sur l'épaule, et, se tournant vers l'auditoire, elle ajouta :
– En voici un que j'ai dressé ! Il pinçait le vers français, ça ne m'allait pas, j'en ai fait un saint-simonien, j'en ferai tout ce qu'il me plaira. Ah ! vous croyez que c'est toujours la culotte qui gouverne ; merci ! Il y en a beaucoup parmi vous qui ne parlent haut que lorsqu'ils sont loin du jupon de leurs épouses. Suffit, je m'entends. Va t'asseoir, Jérôme.
Vous dire la tempête de bravos qui accueillit cette boutade est impossible. L'essaim des brodeuses, des chamarreuses, des lingères, des modistes, qui bourdonnait dans la salle, voulait porter Malvina en triomphe. Jamais père n'avait obtenu un succès pareil. Séance tenante, cinquante-trois ouvrières confessèrent la foi saint-simonienne ; les conversions se succédaient, et c'était Matvina qui en était l'âme. Aussi passa-t-elle, dans cette même soirée, au grade de prêtresse du premier degré.
Vous l'avouerai-je ? j'étais confus du rôle que je venais de jouer, et pourtant le succès de ma fleuriste me touchait comme un résultat auquel j'avais concouru. Malvina me comprit, car en rentrant elle me sauta au cou et me dit :
– T'as un bon caractère, Jérôme ; je te revaudrai cela, parole de prêtresse."

Écrit par : Blumroch | 17/12/2017

"Jérôme Paturot à la recheche d'une position sociale" de Louis Reybaud pour ceux qui chercheraient la référence. Merci Google ;-)
Encore qu'au delà de l'exhibition ce que dit Malvina n'est pas vraiment faux.

Écrit par : Pharamond | 17/12/2017

@Pharamond : J'allais réparer mon oubli mais vous m'avez devancé. Ce classique mineur et méconnu est disponible, dans une édition moderne correcte, chez Belin.

Écrit par : Blumroch | 17/12/2017

Je ne connaissais pas.

Écrit par : Pharamond | 17/12/2017

@Pharamond : Nous avons tous des lacunes dans notre ignorance. ;-)
Suffit de ne plus éditer un livre pour qu'il disparaisse -- ce n'est même plus le purgatoire, mais directement le néant.
Sans Gibert, les quais de Paris et le marché Brassens, j'avais dix fois moins de livres. Une chance de n'être arrivé dans la province déserte qu'*après* avoir constitué ma bibliothèque, car tout n'est pas sur Internet (ainsi des *Modérés* de Bonnard).

Écrit par : Blumroch | 17/12/2017

Oui, tout n'est pas sur le net, mais pour un habitant du désert c'est tout de même un bien bel outil ;-)

Écrit par : Pharamond | 17/12/2017

@Blum .. Les Modérés de Bonnard ! quel régal .. ! ce n' est pas du d' Ormesson à l' eau de rose (bénite!) j' ai l' édition avec préface dédicacée d' Olivier Mathieu (!!!) les "Méphisto" cachent mes pieds fourchus :D ;)

Écrit par : EQUALIZER | 18/12/2017

@EQUALIZER : Bonnard savait *penser* et donc *écrire*. *Les modérés* est un livre bien supérieur au surestimé (mais instructif) *La république des camarades* signé par Robert de Jouvenel.
Eh eh, vous faites partie du *Dernier carré*. ;-)

Écrit par : Blumroch | 18/12/2017

@Blum ... God damned ! je suis démasqué !

Écrit par : EQUALIZER | 21/12/2017

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