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27/05/2018

Grenouilles

Les grenouilles tombées dans la jatte de crème

"Un jour, deux grenouilles tombèrent dans une jatte de crème. Aussitôt, elles s'aperçurent qu'elles s'enfonçaient : impossible de nager ou de flotter longtemps dans cette pâte molle aussi épaisse que des sables mouvants. Au début, les deux grenouilles agitèrent violemment leurs pattes dans la crème pour atteindre le bord de la jatte. En vain : elles ne parvenaient qu'à barboter au même endroit en s'enlisant. Elles avaient de plus en plus de mal à remonter à la surface et à reprendre leur souffle. L'une d'elles dit tout haut : « Je n'en peux plus. On ne peut pas sortir de là. Impossible de nager dans cette substance. Je vais mourir, je ne vois pas pourquoi je prolongerais cette souffrance. Où est l'intérêt de mourir épuisée par un effort stérile ? » Ayant dit cela, elle cessa de s'agiter et s'enfonça rapidement, littéralement engloutie par l'épais liquide blanc. L'autre grenouille, plus persévérante ou peut-être plus obstinée, se dit : « Rien à faire ! Pas moyen d'avancer dans cette matière. Pourtant, bien que la mort soit proche, je lutterai jusqu'à mon dernier souffle. Je refuse de mourir une seconde avant que mon heure ait sonné. » Elle continua à s'agiter et à barboter au même endroit, sans avancer d'un pouce, pendant des heures et des heures. Et soudain, à force de trépigner et de battre des cuisses, de s'agiter et de patauger, la crème se transforma en beurre. Surprise, la grenouille fit un bond et, patinant, arriva au bord de la jatte. De là, elle rentra chez elle en coassant joyeusement."

Jorge Bucay

Merci à UnOurs pour m'avoir rappelé l'existence de ce conte.

Commentaires

(* SICK HUMOR ON *) Une variante de ce conte, parmi tant d'autres envisageables : La plus intelligente des deux grenouilles, manipulatrice, dit à l'autre (qu'on appellera Dominique) : "Puisque tu veux mourir, que ta mort ne soit pas inutile. Continue à t'agiter encore un peu pour rester à la surface de la crème ; j'en profiterai pour bondir sur toi et t'utiliser comme tremplin vers la liberté. Je pourrais espérer que la crème durcisse, mais c'est un pari que je ne suis pas certaine de gagner. Et quand je prendrai mon élan, grâce à moi, tu t'enfonceras plus vite avec de moindres souffrances avant de disparaître. Nous y gagnons toutes les deux, c'est du ouine-ouine ! Une fois hors de danger, c'est promis, je chérirai ton souvenir et chaque 21 mai, j'allumerai une bougie en ton honneur." Une des grenouilles fut ainsi sauvée, et plus rapidement, et plus certainement. Elle honora même sa promesse. ;-) (* SICK HUMOR OFF *)

Écrit par : Blumroch | 27/05/2018

P.S. : J'y pense seulement maintenant, c'est l'occasion de recommander les contes révisés par James Finn Garner. A ma connaissance, deux recueils existent en français, au livre de poche : *Politiquement correct : Contes d'autrefois pour lecteurs d'aujourd'hui* et *De plus en plus politiquement correct : nouveaux contes d'autrefois pour lecteurs d'aujourd'hui*. L'auteur a trouvé un filon commercial qu'il exploite d'ailleurs à l'excès, avec un bonheur inégal, mais les contes révisés les plus réussis sont excellents, qui ne donnent pas vraiment dans la leçon de vie et de persévérance. C'est à la lente dérive d'une discussion consacrée aux disques durs, sur Compu$erve, que j'avais découvert ces textes, voici plus de vingt ans. Face aux khoneries que nous subissons aujourd'hui, ils paraissent parfois presque timides dans le registre satirique, car qui fera mieux que nos indigènes dans le grotesque ?
Pour en donner une idée, je n'ai trouvé que cette référence :
https://www.contrepoints.org/2012/02/07/68022-le-petit-chaperon-rouge-politiquement-correct

Certain site marchand propose plusieurs titres dans sa section "Livres en anglais".

Écrit par : Blumroch | 27/05/2018

Malheureusement la grenouille Dominique s'est noyée sans prévenir personne, ne laissant qu'un petit mot sûrement édifiant flotter, mais que l'humidité a rendu illisible. Chacun y lira ce qu'il voudra... ou rien.

Sympa ce petit conte en lien, le pire est qu'il n'est qu'à peine caricatural

Écrit par : Pharamond | 28/05/2018

Il y a une certaine naïveté ou un manque d'intelligence à croire qu'un acte unique peut avoir la moindre influence, s'il n'y a pas pour lui une "fenêtre de lancement" et des moyens "derrière". D'ailleurs, même de très gros moyens mais sans "fenêtre de lancement", ça n'a pas beaucoup plus de chances d'aboutir à quelque chose de concret. Prenons l'acte de Breivik et considérons le seulement sur le plan de l'intensité: vous admettrez que l'on peut difficilement faire plus. Résultat sur la politique générale ou l'immigration en Norvège: rien, nada, des nèfles. Pourquoi? Pas de "fenêtre de lancement".

Écrit par : UnOurs | 28/05/2018

Un peu hors sujet, mais je relaie cet appel à une manif en faveur de Tommy Robinson


A Bordeaux nous manifesterons le 1 juin, à 18h, devant le consulat de Grande Bretagne, 355, boulevard du Président Wilson. Merci de venir, de faire venir les amis patriotes et de faire connaître cet appel à manifester.

Écrit par : Philippe Dubois | 29/05/2018

@UnOurs

Heu... non, ce n'est pas une question de "fenêtre de lancement" c'est un question d'intelligence et de connaissance des méthodes de propagande.
Un acte violent ça motive QUI et pour quel effet?
Tout le monde n'a pas un projet aussi "façile" à ce sujet que les Islamistes.

Écrit par : realist | 29/05/2018

UnOurs > L'acte de Breivik n'est peut-être pas le bon exemple. A quoi un tel massacre perpétré par un individu à l’idéologie nébuleuse peut-elle provoquer quoi que ce soit sinon une répression à l’encontre de notre milieu ?

Philippe Dubois > Je relaie même si je doute que ce genre de manif change quoi que ce soit.

Écrit par : Pharamond | 29/05/2018

"...c'est un question d'intelligence et de connaissance des méthodes de propagande."

Et c'est ce que je disais, l'acte de Breivik est aussi peu avisé que l'acte de Venner, des actes proprement incompréhensibles pour la majorité des gens.
Se faire sauter le caisson dans une cathédrale, ça gêne qui ? Soros, le pape ?

Pharamond, quand on a face à soi tous les systèmes de représentation possibles, même l'acte le plus avisé pourra toujours être déconsidéré et retourné contre ses objectifs. C'est pour cela que je parle de "fenêtre de lancement", un acte qui n'est pas dans l'air du temps est par nature mort-né.

Écrit par : UnOurs | 29/05/2018

Je m'interroge sur l'époque où l'air du temps sera à se faire sauter le caisson dans une cathédrale ou à dézinguer des jeunes crétins désarmés.

Écrit par : Pharamond | 29/05/2018

On peut lire également la patrouille du conte, de Gripari, sur l'extension du domaine du politiquement correct aux contes de fées.

"Il y a une certaine naïveté ou un manque d'intelligence à croire qu'un acte unique peut avoir la moindre influence, s'il n'y a pas pour lui une "fenêtre de lancement" et des moyens "derrière". "

Face à une possible déchéance physique liée à la maladie, la mort volontaire, est une belle porte de sortie. A mon avis Venner n'était pas dupe, il se doutait du traitement auquel il aurait droit dans les médias (même dans ceux de la mouvance, chez les grenouilles de bénitier rêvant d'union des droites). Peut-être espérait-il que des gens découvriraient ses idées en lisant ses écrits.

Écrit par : Sven | 29/05/2018

@Sven ; @WhoeverWillReadThis : Selon toute *probabilité*, le suicide de Venner ne lui a pas valu un seul *lecteur* de plus. Parmi les réactions de l'époque trouvées via Ixcouic (ah, celle, ignoble, de la sotte du président à vie de *Jalons* !), je découvre cette page, sans doute une des moins pires :

http://blogelements.typepad.fr/blog/2013/05/hommage-%C3%A0-dominique-venner-1.html

Quelques signatures devraient susciter l'étonnement, à commencer par celle de l'animal qui, ailleurs, osa -- et fort mal -- démarquer *Reprendre le pouvoir*. Pour les autres, c'est très bien d'évoquer la *devotio*, mais c'est en ignorer, à l'évidence, le sens *exemplaire* et source d'inspiration. Quant à qualifier cette mort de stoïcienne, c'est au pire jouer à l'érudit de sous-préfecture (voir les références culturelles au niveau d'une terminale des années 70 ou 80, avec tous les poncifs attendus) ; au mieux, sacrifier à l'amitié.

Se tuer pour éviter la déchéance, pour peut-être sacrifier à un certain *taedium vitae*, ce n'est pas être un Caton d'Utique dont le geste volontaire et fatal ne suggère pas la tristesse (comme celui de Venner) mais la joie de *choisir* la victoire morale, la victoire de la *cause perdue* (qui n'est un *mauvais choix* que pour les esprits médiocres) : "Victrix causa deis placuit sed victa Catoni", dit génialement Lucain.

Deux preuves, en tout cas deux indices : la platitude des textes laissés à cette occasion, qui sont un mauvais testament que personne n'ira apprendre par coeur ; l'absence (apparente, si j'en crois les articles que j'ai vus) de tout avertissement, même infrasonique, aux amis. On penserait presque à Pompidou qui, sans doute confusément honteux de son arrivisme, avait passé le concours, de niveau médiocre, de "science (!) [pi]po" *après* avoir eu celui, bien plus exigeant intellectuellement, de l'E.N.S. de son époque : ce haut fait, il l'avait caché à ses amis, comme le raconte l'auteur de *L'assassinat de Paris*.

La mort de Venner n'aura pas été digne de sa vie.

Écrit par : Blumroch | 30/05/2018

P.S. : Et pour détourner une célèbre devise, je veux bien être le seul à tenir cette position : "Etiam si omnes, ego non.", ce que je traduis ainsi, avec une concision supérieure à celle du latin, en *deux* mots : "Sans moi." ;-)

Écrit par : Blumroch | 30/05/2018

P.P.S. : Et pour finir, à défaut du surgissement -- même tardif -- d'une légion de lansquenets, en dehors des petits hommages ou des petites vilenies propres à l'ordre gendelette qui sévit chez nous comme chez ceux d'en face, aucune trace -- aucune trace *visible* -- d'un "effet Werther" ! ;-)

Non, décidément, cette mort, et c'est bien dommage, n'est pas une *belle* mort, et elle ne l'a certainement pas mené, l'estimable Venner, au Walhalla (les conditions requises n'étant d'ailleurs pas, sauf erreur de ma part, réunies -- ce qui rend la lettre au petit Cessole bien audacieuse).

Écrit par : Blumroch | 30/05/2018

P.P.P.S. : Mes deux lecteurs auront évidemment rectifié : "diis" et "gendelettre". Will revert soon to lurker mode. ;-)

Écrit par : Blumroch | 30/05/2018

Sven > Et Gripari ne pouvait pas imaginer à quel point les choses allaient empirer (qui le pouvait, d'ailleurs).

Un homme comme Venner était plus utile vivant que mort. La déchéance lui faisait-elle peur ? Je l'ignore, mais dans sa lettre d'adieu il se disait sain de corps et d'esprit.
Sa vie en témoigne Venner était un homme courageux, mais sa mort (peut-être lié à une dépression) a quelque chose de médiocre.

Écrit par : Pharamond | 30/05/2018

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