Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/05/2019

Spectateurs

"La domination du spectacle a ainsi des effets politiques : force est de constater que le peuple français ne descend pas en masse dans la rue pour défendre le droit du travail, il descend en masse dans la rue pour la mort à Johnny, c’est-à-dire que les classes populaires ne se vivent plus comme communauté de travailleurs, mais comme agrégat de spectateurs, comme public, et un public, c’est passif, donc soumis."

Jean Vioulac

Commentaires

*La société du spectacle*, c'était vraiment un titre génial qui en aura inspiré plus d'un. ;-)
S'agirait peut-être déjà de se demander si l'absurde "droit du travail" mérite réellement d'être défendu dans la rue ou ailleurs (en tout cas quand on n'est pas syndicaliste), alors que défendre la liberté et la responsabilité serait plus essentiel, mais bon...
Ce qui est décisif, dans ce phénomène de mobilisation en faveur de sottises plutôt qu'en faveur de sujets graves, ce n'est pas l'appartenance à un groupe ou une solidarité avec des intérêts particuliers ; ce n'est pas une prétendue passivité devant un spectacle ou devant "le" Spectacle. L'explication, ce me semble, tient en un constat : le *divertissement* règne sur *toutes* les existences -- sur celles des classes populaires comme d'ailleurs sur celles de l'oligarchie. Moutons, chiens et bergers ont sensiblement les mêmes activités ludiques, presque systématiquement de basse qualité -- et superficiellement maîtrisées, en plus. Dans tous les milieux, surtout avec le déclin de la culture générale d'*avant* -- n'allons pas même évoquer la haute culture --, les sujets de conversation, quand ils ne consistent pas en récitations du catéchisme social et en reprises de la propagande, tiennent aujourd'hui presque tous à des spectacles sans intérêt, à des voyages qui n'apportent intellectuellement rien, et à la *bouffe*. Et n'allons pas mentionner le déprimant lamento de tous ceux qui, théoriquement formés à des fonctions plus ou moins exigeantes (ingénieurs, médecins, professeurs...), n'ont qu'un désir : y *échapper* pour devenir qui cuisinier, qui hôtelier, qui "artiste"...
On consacre très souvent à des sottises un temps bien supérieur à celui qu'on réservait jadis à l'étude de sujets sérieux et à la réflexion, parce que les satisfactions à en retirer sont plus immédiates et plus fortes d'être plus simples (France avait mentionné ce point dans son admirable *Ile des pingouins*).
Bref, ce divertissement peut bien être individuel ou collectif, être guidé par une lubie personnelle ou par un conditionnement de masse, il peut n'exiger que passivité ou même un effort plus ou moins léger (certains furieux dépensent activement une énergie prodigieuse à des futilités), ce qui compte, c'est sa *nature* de *divertissement* et de fuite devant les exigences du réel -- une manière d'arabesque latérale pour éviter la confrontation avec un monde qu'on sait, confusément, indigne de considération. Ce n'est pas nouveau (c'est un *topos* de déploration depuis des siècles au moins) ; ce qui l'est, c'est que presque tous soient frappés, du faux esthète croyant appartenir à une "élite" parce qu'il aime les transgressions crétines à Bayreuth ou à Versailles, jusqu'au "fan" de Jauni, de *Game of Thrones* et de Foutriquet 2.0.
C'est pourquoi on trouvera très facilement des masses éphémères d'abrutis pour assister à une séance de baballe au pied (sans même avoir la pauvre excuse que de pratiquer cette noble activité canine), à un "concert" dégénéré pour les 350 ans de l'Opéra de Paris, ou aux funérailles d'un chantonneur dépourvu de voix et de talent -- la liste est évidemment illimitée.
De plus, ces divertissements, rassembleurs ou non, peuvent bien prendre du temps et coûter de l'argent, ils n'*engagent* à *rien*, et le plaisir qu'ils procurent est immédiat.
Les candidats à la réflexion et surtout aux *vrais* risques seront *nettement* moins nombreux -- et c'est d'ailleurs compréhensible. Ne parlons pas de *lire* *Ontologie du secret* : une simple conférence de bonne tenue consacrée à Boutang exige des connaissances et une concentration qui ne sont plus ordinaires, même chez les méchants. Dans la rue, pas de satisfaction immédiate à espérer quand on réclame le retour du port d'armes de défense pour le citoyen lambda, ou quand on exige le départ des parasites, des incapables et des corrompus, au nom d'une pensée solide et argumentée. Là, on le sait et on l'a vu, il y a des coups à prendre ; et c'est comme la grève des impôts (d'ailleurs impossible aujourd'hui avec la complicité des victimes qui n'ont rien dit et rien compris au racket fiscal, et qui vont pleurer quand les espèces seront interdites), c'est tout le monde ou personne.
Dans un de ses romans, Heinlein mentionnait une forme de résistance ne coûtant rien, consistant à payer ses impôts en ajoutant au bas du chèque : "Payé sous la menace". C'était une excellente idée pour démasquer le mensonge social. "Fumer tue... selon la loi machin truc du tant", c'était un bel aveu involontaire, et c'est pourquoi on a ensuite sagement préféré ne garder que le slogan, grotesque comme la déclaration d'un khmer vert.
Cette précision, ajoutée dans chaque document public ou privé, "Signé sous l'illégitime contrainte gouvernementale forte de ses milices" serait un signe, elle aussi. Ou brandir à chaque occasion un La Boétie, un Spooner ou même un Rand. Qui le ferait, en *masse* ?
Imaginons des millions de méchants qui, au lieu de s'éparpiller, iraient voter en masse, mais sans illusion aucune, uniquement pour le *symbole*, en faveur de la Bête Blonde Bête, tout en l'avertissant par lettre (non par e-mail, non avec une pétition sur Internet, mais bien par la bonne vieille lettre *physique* envoyée avec accusé de réception) que ce n'est pas un blanc-seing donné à ses incapacités et à ses compromissions, ni une marque de confiance en sa boutique, mais le dernier geste de révolte paisible avant d'autres réactions. Quelques-uns, chez elle et en face, iraient *peut-être* réfléchir.
Qui, confronté à une décision idiote ou à une pratique scandaleuse, a fait l'effort de rédiger et d'envoyer à sa banque, à sa mairie, à la rédaction d'un torchon, aux organismes qui pourrissent notre vie, une lettre argumentée pour dire son irritation justifiée et surtout les conséquences éventuelles contre ceux qui croient pouvoir tout imposer sans jamais avoir à en répondre ? Ce n'est vain que d'être trop rare.
Qui est prêt à s'infliger un léger inconfort en renonçant à quelques satisfactions *inessentielles*, pour protester contre les lubies de *lobbies* divers, dans tous les domaines de la vie ? Un exemple : j'ai cessé d'acheter des jeux vidéo quand les éditeurs ont prétendu imposer, à leur seul bénéfice et pour de mauvaises raisons, l'obligation de s'enregistrer sur Internet, transformant la vente en une rente contrôlée à distance avec la disparition des supports physiques. Je ne pirate pas et quand je suis d'humeur vidéoludique, je rejoue à de vieux jeux -- tout comme je relis de vieux livres et revois de vieux films. Je *sais* avoir raté quelques *nouveaux* divertissements honorables, mais c'est une question de principe (au reste, notre temps sur terre est quand même bien limité, et le goût, enfantin, pour la nouveauté impossible à satisfaire sauf à être immortel). Trop peu nombreux sont les joueurs qui ont ainsi réfléchi. La réaction aurait-elle été générale que les éditeurs auraient renoncé pour ne pas perdre un argent considérable.
L'effet serait le même dans des domaines plus importants. Encore faut-il trouver le temps et les moyens de convaincre les indifférents, les paresseux, les conformistes, les idiots, les égoïstes... -- et là, on constate que les meilleurs livres et les meilleurs sites sont moins décisifs qu'on ne le voudrait, parce qu'en face, on prétend toujours n'avoir pas de temps à consacrer à s'informer intelligemment. Ce n'est pas une question d'appartenance à un groupe ou à un public, pas même une question de passivité (certains maniaques consacrent d'honnêtes ressources intellectuelles à des sujets sans intérêt, comme les érudits qui, pour kikipedia, rédigent les fiches consacrées aux zéros des Marvel Comics ou à la "philosophie" de Buffy !).
Ceux qui choisissent le divertissement n'ont sans doute pas tort : les autres n'obtiennent pas de grands résultats, sinon la satisfaction de n'avoir pas été aveugles. Tout le monde subira quand même les contraintes de l'ordre social, et nul n'échappera au sort décidé par une minorité de (censored).
Damn, au lieu d'infliger en vrac ces considérations banales aux membres du club, j'aurais été mieux inspiré de continuer à jouer à *Thief : Deadly Shadows* car j'approche de la fin... ;-)

Écrit par : Blumroch | 16/05/2019

P.S. : Sans originalité, j'aime bien comparer la vie à une partie de cartes. Une fois assis à la table, le mieux est de jouer le mieux possible avec la main donnée par le hasard (je ne parle pas de tricher). Le choix le plus rationnel, c'est quand même de refuser, même sous la menace, de participer à un jeu inutile dont les règles sont absurdes ou truquées. J'aurais été mieux inspiré de préciser, dans l'exemple du vote assorti de fortes réserves exprimées par millions de lettres, que je n'avais *jamais*, pour ma part, voté. ;-)
Autant dire que je comprends ce billet :
http://amoyquechault2.over-blog.com/2019/05/vote-utile-0.html
qui oublie toutefois un point essentiel. C'est très bien, de ne pas voter, au nom de la dignité individuelle ou pour ne pas cautionner une farce.
Mais comme pour la grève des impôts (quand elle était possible), cette stratégie n'a d'effet que si *presque tout le monde* l'applique.
A 90 pour 100 d'abstention, le Système ne peut plus prétendre être légitime et doit tomber le masque de la tyrannie. A seulement 60 ou même 70 pour 100, il peut continuer à maintenir cette fiction légale qu'est l'état prédateur et tyran. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les crapules européistes passent leur temps à reprocher aux nationalistes et assimilés de vouloir se faire élire et entendre : on se doute bien que dans l'esprit des maîtres, seuls les valets ont droit à la parole pour approuver.
Le grand souci avec le vote, ce n'est pas simplement d'être parfaitement inutile : c'est que les électeurs désireux de détruire le Système ne sont pas assez nombreux à être concentrés sur le défaut de l'armure. Quant à la descente dans la rue, elle est probablement moins efficace que des commandos.
Pour en revenir au billet "Spectateurs", le secret du Système, c'est que *participer* exige nettement moins d'efforts et de capacités que *réfléchir* avant d'*agir*.

Écrit par : Blumroch | 16/05/2019

C'est pour cela que justement le billet d'AMQC ne parle pas de stratégie mais de libre choix individuel sans culpabilisation inutile.
Je crois que j’irai voter le 26 contre Macron et sûrement pour Marine, mais d'ici là j'aurai peut-être changé d'avis...

Écrit par : Pharamond | 17/05/2019

En attendant les "fins stratèges" de LREM ont trouvé la réplique imparable contre les Gilets Jaunes, TOUT LE MONDE en Gilet Jaune!
http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/amendements/1831/CION-DVP/CD1951

Écrit par : realist | 17/05/2019

"Je crois que j’irai voter le 26 contre Macron.." : Idem - descendant d'une famille de paysans et vivant dans une cage à lapins, j'irai voter pour Marraine Lapine ;o)

Écrit par : téléphobe | 18/05/2019

realist > Oui et non, parce qu'en cas de manif qui dégénère comment reconnaître les vrais des simples usagers ; il va leur falloir des mitrailleuses LBD ;-)

téléphobe > C'est quasiment dans vos gènes en quelques sorte, moi c'est avec dépit car voter Marine me peine ;-)

Écrit par : Pharamond | 18/05/2019

Eh bien, malgré la gravité de la situation, ici, on ne marine pas dans la peine. Ah la la, où est l'bar pour avoir un Vermo{uth|t} ? -- yep, va falloir que je termine PunMaker un de ces jours. ;-)

Écrit par : Blumroch | 18/05/2019

The Mite strikes again :
https://www.youtube.com/watch?v=wg752299Qeo

Écrit par : Blumroch | 18/05/2019

Les documents numérisés (format PDF, sois maudit !), ce n'est pas utile pour *découvrir*, tant la lecture *prolongée* est pénible, qui incite d'ailleurs à survoler les textes ; en revanche, c'est très commode pour *retrouver* des passages dont on a oublié la référence précise. En témoigne, sans vraie raison (encore que...), cette référence instructive retrouvée grâce à l'indispensable site de Philippe Remacle : Aristote, comme toujours supérieur à tous les analystes modernes de la chose politique, rapporte que dans plusieurs cités grecques, certains oligarques formulaient cet odieux -- mais franc -- serment : "JE SERAI L'ENNEMI CONSTANT DU PEUPLE ; JE LUI FERAI TOUT LE MAL QUE JE POURRAI LUI FAIRE." (*Politique* VIII, vii, 19, traduction de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire[1]).
Toute ressemblance avec de "vagues humanités"[2] existantes ou ayant existé ne serait probablement pas entièrement fortuite.

[1] On trouvera le texte ici :
http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique8.htm#VII
Ignorant tout du traducteur à l'exception de son nom vu dans quelques bibliographies, j'apprends par kikipedia qu'il fut député, sénateur et ministre. Indépendamment de ses idées, son cursus fait rêver quand on voit le *gang* *sélectionné* par un Foutriquet 2.0 qui a ensuite le *front* de se plaindre au motif qu'il n'est pas aidé :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Barth%C3%A9lemy-Saint-Hilaire

[2] La formule est d'un anarchiste qui devait payer de sa personne, en des temps où l'on éborgnait déjà joyeusement :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Tailhade
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156484
Là encore, quoi qu'on pense de leurs idées, de tels personnages étaient d'une autre trempe que nos contemporains.

Écrit par : Blumroch | 19/05/2019

C'est seulement aujourd'hui et par hasard que j'apprends la mort d'Hubert Monteilhet, survenue ce 12 mai. :-( Quand Raspail l'aura suivi, aucun vivant ne fera partie des très grands romanciers français.

Écrit par : Blumroch | 19/05/2019

Blumroch > Excellente vidéo de La Mite.

Curieux serment, en effet. Je me demande dans quel contexte il était prononcé.

A l'époque c’était les anarchistes qui crevaient les yeux, une nuance de taille.

Il nous reste quelques "écrivaines" féministes (pléonasme) hystériques.
90 ans c'est tout de même un bel âge pour partir.

Écrit par : Pharamond | 19/05/2019

@Pharamond : Merci de n'avoir pas commenté ma pitoyable tentative pour rivaliser avec vous et le camarade téléphobe. ;-)

Ces franches déclarations de guerre au peuple étaient contemporaines d'Aristote, qui les désapprouvait : "Les oligarques devraient surtout renoncer à prêter des serments comme ceux qu'ils prêtent *aujourd'hui* ; car voici les serments que *de nos jours* ils font dans quelques États : [...]" (les italiques sont miennes)

L'oligarchie est ainsi composée d'anarchistes qui ont réussi et qui ont pris goût à la tyrannie. Les étiquettes sont sans importance dans la lutte des factions qui veulent imposer à autrui leurs lubies délirantes. Etre au pouvoir consiste à être du bon côté du fusil-mitrailleur, en comptant sur l'irréflexion et la passivité des masses.

C'est d'autant plus vrai que ses dernières oeuvres étaient mineures, mais quand même, j'aurais très volontiers sacrifié un nombre indéterminé -- mais très élevé -- de macronistes et assimilés pour offrir quelques années de vie supplémentaire à ce mauvais esprit qui aura été l'un de nos meilleurs prosateurs. ;-) J'aurais bien aimé trouver cette formule géniale : "Le vrai philosophe a le plus grand respect des imbéciles : ils forment à la fois une clientèle et une majorité".

Écrit par : Blumroch | 20/05/2019

C'est à dire que vous aviez tout dit sur notre marinade drolatique commune ;-)

Au moins chez les Anciens à défaut d'être meilleures les choses étaient plus franches, ce n'est pas rien.

Les macronistes se sacrifient eux-mêmes, laissons les faire. Dommages qu'ils nous entraînent avec eux.
Nicolas Gomez Davila n'a-t-il pas dit : "Le monde moderne ne sera pas châtié. Il est le châtiment."

Écrit par : Pharamond | 20/05/2019

Écrire un commentaire