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13/10/2013

Katharsis

Dans un documentaire, la mère d'un adolescent casse-cou rapportait qu'à chaque fois qu'il quittait la maison elle avait peur pour lui, avec l'impression qu'il allait lui arriver quelque chose de grave. Un jour, en s'amusant dans une rivière, il se fit attaquer par un alligator (l'histoire se passe en Floride) et malgré la perte de son avant bras il survécut. Depuis, sa mère n'a plus jamais éprouvé la même angoisse à chacun de ses départs, comme si une telle tragédie ne pouvait pas se reproduire.

Je crois qu'au delà de l'efficacité du rappel quasi quotidien de la Mémoire de la Shoah, les Européens sont plutôt satisfaits qu'elle ait eu lieu et qu'on fasse le nécessaire pour ne pas qu'ils oublient. Je m'explique : comme dans l'anecdote résumée plus haut, la focalisation spacio-temporelle de l'horreur permet de la cerner, de ne pas angoisser sur des épouvantes potentielles ; on se dit que l'indépassable a eu lieu et que si l'on se garde de reproduire les mêmes circonstances on échappera au plus grave. La persistance de ce sentiment trompeur et superstitieux est sans doute aidé par notre culture judéo-chrétienne qui fait la part belle aux chamboulements titanesques et définitifs : le retour du Messie, l'Apocalypse, le Jugement dernier, etc.