| SOCIÉTÉ UNION POSTHUME Magali et Jonathan un mariage malgré la mort En quittant la mairie, cet après-midi, Magali portera une alliance mais sera veuve. Cette jeune femme de Baroncourt a obtenu l’autorisation d’épouser Jonathan, décédé l’an passé dans un accident de la route. « Je n’ai jamais vu ma vie sans lui. Il était parfait. Nous, c’était que du bonheur. Aujourd’hui, c’est un énorme manque.» Cela fait un an que Magali Jaskiewicz pleure. Depuis ce maudit jour de novembre 2008, où Jonathan George a été fauché sur son scooter. Il avait 25 ans, une compagne et deux fillettes. Deux jours avant le drame, les jeunes gens avaient bouclé les démarches pour leur mariage, programmé au 24 janvier 2009. L’indicible douleur, l’absence cruelle, cet intolérable sentiment d’injustice, bien sûr que Magali n’a pas surmonté tout cela. Son quotidien n’est que chagrin, mais lorsqu’un ami lui a parlé de la possibilité d’un mariage posthume, elle a « tout de suite pris la décision. Au moins, pour porter le nom de mes filles ». Ne pas dire oui « à un mur » Avec l’aide du maire de Baroncourt (Meuse), Christophe Caput, Magali monte un épais dossier qu’elle doit adresser, accompagné de sa demande, au président de la République . « Il fallait attester que nous vivions ensemble depuis 2005, que nos comptes étaient communs, j’ai même mis les photos de ma robe de mariée. » Prouver que tout était effectivement prévu, convaincre que Jonathan voulait épouser Magali. Et puis attendre. « Quand les gendarmes m’ont appelée pour me dire que c’était bon, depuis tout ce temps, pour la première fois j’ai pleuré de joie. » Le décret présidentiel daté du 4 septembre n’aura mis que neuf mois à tomber. « Je crois que les politiques ont été sensibles à son histoire », confie Christophe Caput, qui est allé chercher l’appui du sénateur Gérard Longuet, du député Jean-Louis Dumont et du patron de la Région, Jean-Pierre Masseret. Depuis qu’elle a reçu l’accord du Président, Magali prépare son mariage. « On sera une trentaine de personnes, les mêmes invités. » Cet après-midi, elle portera la robe qui dort, depuis tant de temps, dans une armoire, elle ne changera rien à ce qui était prévu. « Ma fille fera l’entrée avec un coussin et les deux alliances. La sienne, je la porterai autour du cou avant de la donner à Doriane à sa majorité. » Et parce qu’elle ne veut pas dire oui « à un mur », la jeune femme a fait agrandir un portrait de Jonathan, qu’elle amènera à la mairie. « Humainement, ça va être difficile, souffle le maire, je ne sais pas encore comment je vais faire. C’est une cérémonie traditionnelle mais avec un seul consentement, et plus courte, car il n’y a pas de lecture d’article. » De son côté, Magali sait que ses larmes ne sont pas près de s’assécher. « C’est encore flou dans ma tête, ça va être douloureux. Je vais beaucoup pleurer. » Son alliance au doigt, elle filera directement au cimetière « pour déposer une plaque " à mon époux " et lui donner mes fleurs ». « Ça me permettra de me sentir un peu plus proche de lui, je serai vraiment sa femme, sa moitié. » Sa veuve, officiellement. Emmanuelle DE ROSA. Publié le 14/11/2009 |