22/12/2025
Pépiements (477)
Dans le tram bondé, deux femmes d’une petite soixantaine discutent. Des bribes de leur conversation me parviennent : elles parlent de leur travail, de leur chien, quand l’une montre fièrement l’écran de son téléphone à l’autre :
- Au fait, j’ai réussi à avoir des places pour Gims.
Deux hommes d'une trentaine d'années discutent sur un banc en regardant leur portable. Quand je passe près d'eux, j'entends l'un dire à l'autre :
- T'as attrapé combien de Pokémon ? Moi j'en ai...
Je ne saisis pas bien le chiffre, mais il me semble que c’est deux cents et quelques.
Je le sais : il n’y a rien de mal à cela et chacun est libre de faire ce qu’il veut. Et moi, je suis tout aussi libre de penser que cette société est malade - et qu’elle ne s’en remettra pas.
09:05 | Lien permanent | Commentaires (11)




Commentaires
@Pharamond : Scène vécue dans un café, il y a une vingtaine d'années : à la table voisine, deux anciens combattants rendent hommage à un camarade disparu, évoquant avec satisfaction et fierté un de leurs récents hauts faits d'armes, qui détaillent l'arsenal utilisé et la stratégie déployée pour l'emporter, à trois seulement, sur le parti adverse légèrement supérieur en nombre mais n'ayant pas l'avantage de la surprise. Dans leurs paroles, on entendait le fracas des lances sur les boucliers, le bruit sourd des boules de feu, et le chant du guérisseur qui, de loin, redonnait des points de vie aux deux combattants -- un paladin et un sorcier.
S'agissait, on l'aura deviné, de *rôlistes* vétérans qui *revivaient* un épisode d'une campagne comme s'ils l'avaient réellement vécu.
Spectacle aussi effrayant que celui des "résistants" cliqueurs prenant leurs désirs pour des réalités, voyant le régime à l'agonie, prêt à s'effondrer magiquement sans le moindre combat -- parce que la violence, c'est *très* mal.
Profitant du silence méditatif ayant suivi la conclusion du combat, je demandai facétieusement à ma fiancée de l'époque si elle préférait m'entendre raconter une anecdote de ma vie de vampire ou de ma vie de dragon. Elle me dissuada et nous quittâmes la taverne des exploits guerriers. ;-)
Écrit par : br | 22/12/2025
Bien malade en effet et on se demande comment on a pu tomber si bas.
Écrit par : Fredi M. | 22/12/2025
br > J'ignore l'âge de tes rôlistes, mais au moins leurs délires ludiques peuvent s'expliquer par l'envie de s'éloigner de notre sinistre monde. Je suis plus indulgent avec eux qu'avec les résistants cliqueurs souvent pontifiants.
Alors tu as été dragon et vampire ?
Fredi M > Je crois que l'être humain cherche la facilité et le confort, ce qui est compréhensible. La fin du XXe siècle les lui a donnés grâce à une croissance économique inédite. En contrepartie il a signé un chèque en blanc au pouvoir pour diriger sa vie. Quand les intérêts de la classe dirigeante et de la population ne s'opposaient pas tout allait à peu près bien, maintenant qu'ils ne correspondent plus les choses se gâtent pour nous.
Écrit par : Pharamond | 22/12/2025
On peut profiter du confort et de la facilité du XXe siècle sans pour autant écouter Gims et jouer au Pokemon une fois la puberté entamée.
Et pas la fin du XXe siècle. Le début de la 2e moitié du XXe siècle. Radio, cinéma, lave-linge, téléphone, voiture individuelle etc. Pas besoin de ce qui est arrivé plus tard pour être corrompu, même si c'est plus lourdement. La complainte du progrès de Boris Vian date de 1955.
Quand aux intérêts de la classe dirigeante et de la population, ils se sont toujours opposés, seulement la première manipulait la seconde.
L'échelle a changé.
En tant qu'Européen, on peut dire que notre classe dirigeante s'oppose à sa population.
Mais la classe dirigeante n'étant plus européenne et la pauvreté continuant à se réduire, le confort s'améliorant pour une majorité de la population mondiale, tout va encore très bien.
Jusqu'à ce que la population ait trop de revendications.
Comme souvent pour les populations européennes de la fin du XVIII au milieu du XXe (jusqu'au premier quart du XXIe ?) se battant entre elles pour le seul avantage de la classe dirigeante qui, en dehors de quelques têtes, n'a jamais fondamentalement bougé.
Florence, Venise où Gênes auront connu bien des aléas et des guerres en 500 ans. Ce seront toujours leurs populations qui auront trimés mais l'intérêt partagé est bien plus intéressant pour certains que pour les autres.
Écrit par : An | 22/12/2025
@Pharamond : Ils avaient une trentaine d'années.
Yep, dans *Drakan* et dans *The Masquerade Bloodlines* ; j'ai aussi été un requin dans *Jaws*. ;-) Le cursus ludorum d'un gamer ne se limite pas au pilotage d'avions, hélicoptères, sous-marins et voitures, ou à jouer les soldats, espions et voleurs. ;-) Rien toutefois ne vaut un bon livre pour oublier temporairement ce sinistre monde.
Écrit par : br | 23/12/2025
An > Bien sûr, mais je parle d'une généralité.
Les avantages des progrès technologiques pour le quidam ne se sont pas fait sentir tout de suite et jusque dans les années 60 la vie, hormis pour les privilégiés, était encore simple, il n'y qu'à voir les photos ou les films des années 50. La complainte de Vian ne concernait là aussi qu'une population urbaine et qui commençait à s'équiper.
Les avantages sociaux acquis jusqu'aux années 80 indiquent que les intérêts de la classe dirigeante et de la population ne s'opposaient pas. L'oligarchie jouait le jeu de l'alternance sans accaparer le pouvoir comme aujourd'hui.
Je ne vois pas vraiment pas en quoi les guerres des cités-États italiennes viennent nous éclairer sur ce qui nous arrive.
br > C'est tout le problème aujourd'hui, on reste mentalement adolescent toute sa vie avec l'irresponsabilité qui va avec. Cela va bien au-delà du simple goût pour les jeux de rôle.
Je ne sais plus qui a dit : "celui qui ne lit pas vit une vie, celui qui lit vit mille vie". Et il n'avait pas pensé au jeu vidéo ;-)
Écrit par : Pharamond | 23/12/2025
J'espère qu'elles ont eu des places en fosse :-)
Il n'y a pas très longtemps, j'étais dans un bar. Il y avait un blind test. Une amie tend l'oreille sur un morceau de rap "français" et me dit: quelle horreur, c'est un appel au viol et toutes les jeunes Européennes connaissent le refrain par coeur.
Écrit par : Sven | 23/12/2025
Sven > :-)
Le masochisme européen est assez fascinant, il y aurait des thèses à écrire.
Écrit par : Pharamond | 23/12/2025
@Pharamond
Les avantages sociaux acquis ne l'ont pas été par bonté des dirigeants mais par un rapport de force avec la population qui menaçait de choisir le communisme, et les chars soviétiques qui seraient venu avec.
Dès qu'il fut évident que l'URSS ne gagnerait pas la guerre froide, on a eu Thatcher.
Et je dis "on" pour Thatcher tant il me semble évident que la France, aujourd'hui première puissance financière de l'UE, comme le RU en son temps, est arrivé à un niveau de désindustrialisation similaire et la crise actuelle de la dermatose des bovins me rappellent furieusement la mise à mort de l'agriculture britannique avec la crise de la vache folle (on pourrait aussi parler des vagues d'attaques au couteau commencé il y a plus de 20 ans à Londres).
Il n'y a jamais eu convergence entre les élites et la population. Seulement des accommodements temporaires.
Quant à la faiblesse par rapport au confort, la différence entre boomers et suivants est que les boomers avaient encore le choix. Évidemment manipulés (notamment les remembrements agricoles pilotés par l'administration avec pour objectif principal de réduire la population agricole pour grossir les rangs dans les usines) mais les suivantes ne l'ont jamais eu. N'ont jamais rien connu d'autres. Et héritent des précédents.
Donc dire qu'aujourd'hui, sous-entendu ce n'était pas le cas pour les précédents, on reste adolescent alors que les grands-parents ont fait la gloire d'un type dont le pseudonyme Johnny Halliday devait interloquer les rares américains ayant vent de son existence, c'est quand même un sacré manque d'objectivité.
Je suis bien placé pour savoir que jusque dans les années 70 on se logeait encore avec des toilettes sur le palier (moi-même ma première chambre au début du XXIe siècle) mais à chaque constat, réel, de la dégradation générationnel de l'esprit humain, il faut rappeler la responsabilité de ceux qui les ont mis au monde.
@Sven
J'ai au l'occasion de côtoyer à 5 ans d'intervalle deux garçons de 18 ans, a priori pas vraiment tolérant sur l'immigration, plutôt patriote si on appelle ça comme ça, certainement pas de gauche, et surtout décidé à s'engager dans l'armée (donc un avant la guerre en Ukraine, un après).
Les deux, quand ils écoutaient la radio et non pas Spotify, ne pouvaient que se brancher sur Skyrock.
Alors il faut bien que jeunesse se passe mais si on peut renier certaines choses de celles-ci, on vit pour toujours avec elle, tout du moins, cela se grave dans le cerveau.
Une de mes nièces adolescente me reprochait de dénigrer son groupe préféré PNL. Ma sœur ne savait même pas que sa fille écoutait ça, encore moins ce que c'était. Je répétais entre autre à cette nièce qu'elle finira par comprendre en grandissant pourquoi je trouvais ça minable, assumant par ailleurs que moi aussi adolescent j'avais pu apprécier des choses mauvaises.
La vingtaine passée, elle m'a elle-même dit qu'elle ne pouvait plus écouter PNL, reconnaissant la nullité de la chose.
Mais malheureusement, ça lui restera d'une manière ou d'une autre. J'espère qu'elle évitera une nostalgie arrivé à la quarantaine. Mais cette génération n'aura sans doute pas le luxe de la nostalgie.
Écrit par : An | 24/12/2025
An > Qui parle de bonté ? Si l'existence de l'URSS et de l'influence communiste ne sont pas négligeables dans l'acquisition d'avantages sociaux, les dirigeants de l'époque à défaut d'être plus bienveillants étaient moins néfastes que ceux d'aujourd'hui. Le paternalisme a cédé la place au management.
Les boomers sont coupables parce qu'ils avaient connus autre chose, leur quête de confort leur a fait oublier certaines évidences. Aujourd'hui certains jeunes refusent tout de même le monde qui leur est proposé, c'est qu'il est encore possible de s'informer, d'ouvrir un livre.
Écrit par : Pharamond | 24/12/2025
@An
Nous nous sommes mal compris. Ces idiotes, qui auraient accusé de violence sexiste ou sexuelle, comme on dit de nos jours, un jeune Européen pour les avoir abordées respectueusement, étaient ravies de chanter une saloperie promouvant leur viol. Nous savons bien qu'il s'agit d'agression d'un certain type de femmes.
Que les jeunes aient des circonstances atténuantes, c'est certain, mais il y a des limites. Même si ces circonstances sont parfois risibles: le covid a détruit notre jeunesse (cf. la vidéo de l'insta... à double-menton - c'est elle qui le dit). Peut-être moins que celle des jeunes en 14 ou en 40.
Écrit par : Sven | 29/12/2025
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