14/05/2021
Musique (581)
Methyl Lily
Glass Horizon
The Stolen Orchestra
In the distance I saw your shape waning
17:32 | Lien permanent | Commentaires (35)
Carte blanche (23)
Laissée à Blumroch pour le chapitre entre astérisques et à Kobus van Cleef pour les autres.
Pour aider à la compréhension de l'histoire il est vivement conseillé de lire la première partie qui se trouve ici.
Signé van Cleefax
william de la porterie, séparé de pèche melba, s'emmerde à 100 sous de l'heure dans son abri antiatomik du wioming ou du nevada
pourtant il a tout
TOUT!
de la bouffe pour un siècle, de la dope pour deux, de quoi picoler sans interruption jusqu'à la fin du monde (et du bon, mouton cadet et chambolle musigny, tiens, plût au ciel qu'il me propose la clé de sa cave, je la prendrais!) des films en pagaille, une section de pin up triées sur le volet avec certificat de non contagion (mais avec certificat d'aptitude au sport horizontal) des caisses de viagra et des bidons de lubrifiant
mais il a oublié le PQ
et il a la pétoche d'aller en chercher en ville, c'est chez les mormons où y a le general store le plus proche, à Zion, et tu sais que c'est pas des rigolos, d'ailleurs ils sont tous en prière dans les rues, il pourra pas passer avec son quat quat, il sera obligé de se joindre aux lamentations, bref, il en est réduit à courir derrière la dune pour déféquer puis enterrer les sous produits de ses chimies intimes avec une pelle pliante (LA pelle des GI, celle dont le manche dépasse vers le bas du rucksak dans les films de guerre et qui, inexplicablement, ne gène pas lorsqu'ils courent vaillement à l'assaut des positions ennemies, bon, il faut dire que les ennemis sont des niaks et des nazis, alors hein)
bon, l'hélico des marines qui a été dépéché pour récupérer william se pointe, loin sur l'horizon, le soleil écrase tout ça, comme il a décidé de s'exiler quasiment en plein désert (je préfère, en plus j'aime beaucoup l'Arizona, enfin j'aimais lorsque j'y suis allé, mais va savoir si on pourra y retourner un jour, je veux dire, avant que les lumières s'éteignent) ça va donner une scène façon ouestairne
ça ne rate pas
william a acquis auprès de négociants malhônnètes divers systèmes de protection actifs comme on dit lorsqu'on veut cacher la merdochat
ça s'active automatiquement, bien sûr, c'est l'intelligence artificielle qui veut ça
genre équation facile à résoudre
hélico plus fin du monde plus patron en train de chier derrière la dune égale menace
suite logique (une ittération selon une chaîne de markov bien huilée, pas un maillon qui grippe)
1) mettre le patron à l'abri
2) liquider les gêneurs
3) reprendre la veille active
tir conjoints de canons beaufort pilotés par radars nouvelle génération, ça devrait faire l'affaire
et, effectivement, le livreur Uber qui amenait du papier lotus tripla épaisseur, est tué net, son camion de livraison incendié
les marines, eux descendent à distance et se radinent au pas de course, hop hop pour constater les dégâts
une camionnette avec du PQ incendiée, un livreur Uber occis et William de la porterie gisant dans un coin à l'agonie, un crotale l'ayant mordu au scrotum alors qu'il poussait pour exonérer une ultime bouse glaireuse, l'ophidien stressé par les détonations du beaufort ayant réagi comme tout ophidien, en mordant ce qui passe à portée
pas jojo, le tableau
on peut dire qu'ils n'y sont pour rien, ils n'ont pas tiré une cartouche, mais passeront ils au tourniquet eux aussi?
oui, l'intelligence artificielle, un système de merde dont même le PDG de l'entreprise rivale n'a pas voulu pour ses bagnoles tout automatique, l'IA donc a identifié la menace , elle est allé chercher dans la base de données sise dans un serveur californien, lequel avait grillé, c'est passé sur le serveur relais (nouveau mexique) lui aussi grillé (les ingé de la maintenance réseau vivent les derniers jours de l'humanitude avec des expérimentations sexuelles, bondage avec chihuahua, fist fucking avec piments jalapenos, consommation de poppers et de budweiser-même si ça parait antinomique ça marche-) puis sur un autre en mandchourie, là c'est pas grillé, c'est débranché ou ça n'a jamais existé (william a payé mais les noiches n'ont jamais installé le truc, ils ont simplement encaissé le fric) de là redondance cyclique sur le programme de la conduite de tir, collision avec le bus du programme initial, et vlan, c'est le véhicule à quatre roues qui morfle, pas plus compliqué que ça
le sous secrétaire peine à expliquer tout bien au secrétaire du home office
on va pas pouvoir vitrifier la planète en fait
et pourtant y aurait besoin
oui, je vous assure, il y aurait grandement besoin
en désespoir de cause, nouvel essai du bouton nucléaire
autre son , on entend "wouch!!!"
joie de l'assistance, le bouzin est réparé!
en fait non, c'est les techniciens de surface de la maison blanche qui passent l'aspirateur
on peut redouter la fin et avoir l'amour du travail bien fait, non?
pendant ce temps , en europe, une dame forte en gueule, pourvue d'un mouton mort en guise de chevelure, tente de ranimer la flamme d'un monôme de racialistes qui défilent derrière elle
justice pour radada! Crie-t-elle
et les autres de renchérir , pénis pour ta tata!
ils déboulent aux tarterêts soit très très loin de beaumont sur oise, avisent les conséquences de la baston avec les forces spéciales et celles de la rixe avec la bande de grigny
en cette fin du monde, ce ne sont plus les cadavres ou leur vue ou leur abondance qui surprennent, mais le fait que, comme d'habitude, il n'a ai pas de blancs ou si peu parmi les allongés
elle va entonner un chant funèbre aux mânes des cailles de técis lorsqu'elle avise, au loin, une silhouette qui détale entre les barres, entre les carcasses de bagnoles
chose étrange, la silhouette est casquée d'un intégral et affublée d'un costard grisâtre de comptable, loin devant elle, un scoutaire de bonne cylindrée bourdonne en taillant la route
sus!
sus au gwer qui se carapatte là bas!
car il ne peut y avoir qu'un gwer à se promener dans les técis en costard et casque intégral
un gwer pas très malin, en sus, et pas très véloce non plus car ils viennent de le rattraper sans efforts
et lorsque je dit sans efforts, ils sont même pas essoufflés, alors que le mec en question est paniqué, la buée recouvre l'écran de son casque, il s'est cogné à peu près partout, est tombé, a déchiré son futal et démasque ainsi un grotesque kangourou superman
la troupe l'apostrophe en ces termes
"alors, le blanc, on voulait nous fausser compagnie?"
on relève la visière, le mec a l'air totalement abruti, une synthèse
grassouillet, il est de plus bègue à n'en plus pouvoir, émaillant ses questions de heu très discordants
"c'est nous qu'on pose les questions, ici!" tonne l'égérie à mouton mort sur le crâne
elle est aussi grassouillette que lui mais elle le porte mieux, en raison de sa taille, de sa prestance et de son bagout, alors que son vis à vis a le charisme d'une huitre morte depuis une semaine ( ou d'une pizza froide au choix)
puis une lente élaboration se met en branle dans sa cervelle épaisse, ce type, ça serait pas....si ce présentateur télé un peu chelou, comptable plus scoutaire avec chauffeur plus casque intégral plus grassouillet....ça peut jouer
d'autant que le type déclare "ne touchez pas à ma personne, toute ma vie je me suis battu pour, non rien"
déclic
"ça serait pas maître capello? ou le mec de nice, celui qui a gagné des prix à moto?"
difficile de statuer, elle ordonne qu'on le mette dans le goutebeï
le goutebeï en ouest africain, c'est le parc à chèvres, tu peut parquer des tas de trucs, des chèvres, des moutons, des hostages, tout
en l'occurence, les hostages n'ont aucune valeur puisque personne ne va les racheter mais comme viande fraîche oui pourquoi pas? en effet la fin du monde a désorganisé la chaîne lojistik de la GD et bien souvent, on manque de tout dans les kortiers
ou alors pour l'échanger contre une cargaison de mac chicken? ça peut s'envisager
toujours est il que notre triste rondouillard en devenir sent le monde s'ouvrir sous ses pieds
resté seul avec l'égérie monumentale il tente de dialoguer, de la convaincre
"j'étais venu voir machin, celui dont l'anus fut ruiné par la police, vous savez, je l'ai pas laché alors que toulmonde l'a laissé tomber"
l'autre, ces discours elle n'y entend goutte, mais dans cette bouillie verbale (casque, bégaiement, confusion, et puis aussi un peu de toch ) elle retient quelques mots "anus, lécher, machin" et comme elle est d'humeur folâtre, elle arrive à se convaincre que le mec lui propose un anulingus pour prix de sa libération
banco!
elle l'entrave des poignets, le débarrasse de son casque, l'allonge sur le sol de la cave, au milieu des denrées récupérées du LIDL (promos sur les chaussettes basses en tissu mélangé, cafetières à piston made in viet nam, consoles PS2 et tout à l'avenant) se trousse haut et l'enfourche en s'agittant
le malheureux en dessous, s'il n'est pas tué par l'odeur, le sera par le poids
ou inversement
toujours est il qu'il s'étouffe longuement avec frissons et spasmes avant d'abdiquer
lorsque sa partenaire se relève, frustrée d'avoir été laissée sur les berges du plaisir, elle tente de le réanimer d'un coup de savate, tu parles, il est bleu violet avec des pétéchies sur les conjonctives et la sclère
triste fin
d'autres fins sont plus fun et au moins aussi ridicules
ainsi d'un thuriféraire de la soffrans' transmissible de génération en génération ( ce qui implique une transmission de la culpabilité d'autres générations en autres générations, effet miroir parfait, on se croirait en cours de maths avec la théorie des nombres imaginaires) qui, au seuil d'un musée dédié à l'âme d'une gentille écrivaine et qui glisse sur des pointes bic, dérape et se rompt le cou en bas d'un escalier (aux pays bas, les maisons sont étroites, beaucoup d'escadrins, même dans les musées)
ou d'un toucheur de beaux fils à lui confiés qui défunte en buvant son foscao du matin, tout simplement parce qu'il s'est levé brusquement en regardant par la fenêtre de la cuisine du mas provençal, a marché sur la ceinture de sa robe de chambre et s'est empalé sur le couteau à pain, direct dans le foie, une agonie de trente minutes et le fait que sa belle fille folliculaire soit dans les environs n'a rien à voir
loin de là , très loin, dans un paradis fiscal et néanmoins extra européen, l'ordonnateur du pouchepoule se questionne
quelque chose a foiré
mais quoi? et où?
il pourrait se poser la question longtemps, mais l'arrivée d'un gromando slamique qui débarque sur le sable fin de la plage en semant la terreur parmi les gardes de la rézidenz coupe court à ses ratiocinations
on ne sait d'ailleurs d'où viennent ces gars là, on n'entend goutte à leur sabir, mais on a compris une chose, une seule, c'est sauve qui peut!
sauf que ça peut peu, si j'ose dire, et au bout d'un moment, tous les kapitalistes blancs sont rassemblés sur la place du bled, avec les kollabos bronzés, ça va de soit
chaque tentative de négo de la part des occupants de l'île se solde par une fin de non recevoir, accompagnée de dépeçage à la machette, et le sang clair sur le sable chaud sous le soleil des maldives, ça vous a un air de documentaire sur les dernières tribus cannibales, Glaude LéviStross (pas celui des bloudjines, l'autre) serait jouace
un qui est moins jouace c'est l'ordonnateur du pouchepoule, il a enfin pigé que lorsque la terre entière est un hôtel, on risque parfois d'être confronté aux humeurs des grooms et des plongeurs, même si on a de bonnes relations avec le majordome (en angluche ze buttler)
en l'occurence, le buttler gît au centre de l'arène
une arène?
certes, car vont s'y dérouler des joutes d'un genre spécial, tauromachiques sans bovidés (le climat des mers du sud n'est favorable qu'au buffle d'eau qui est une bête paisible, aussi les séïdes de boko haram, lascar el slami et moro islamic front n'en ont point apporté, ils se contentent de harnacher les touristes , de les faire monter par d'autres touristes et de courir après dans l'arène avec des bâtons cloutés, simple, élégant comme une démonstration mathématique)
les femmes, elles, réputées impures car en maillot de bain sont simplement lapidées, c'est moins fun
cependant thomas s'est abrité un instant dans une cave du neuf cube
la parfaite machine qu'est son corps a besoin d'un peu de repos, ce qui est néfaste, car ça autorise sa tête a penser, ce qui ne lui vaut rien, comme à la plupart d'entre nous, une idée longtemps ressassée devient une névrose, une obsession, un furoncle, il faut l'extraire
mais y parvenir sans fracasser le crâne, c'est plus délicat
il se laisse donc porter par ses pas, at random comme disent nos voisins d'au delà de la mer
une lueur au bout d'un couloir, des percussions barbares, des éclats de voix, thomas suit son instinct ou bien sont-ce ses pieds qui décident pour lui, il a trop couru de toutes façons
au milieu du tintamarre on reconnait une voix un peu sénile "toute ma viiiiiie, oui , toute ma viiiiiie j'ai défendu des gens comme vous, oui comme vous"
le spectacle est étrange, un homme, peut être devrions nous dire un homoncule, blanchi, amaigri, des poches sous les yeux, affublé de chaînes et de carcans, nu sous une blouse d'hosto en papier, endure les crachats d'une assemblée bigarrée et les lazzis d'une solide demi douzaine de costauds
les mecs lui jettent des poignées de billets à la figure, le fustigent avec des liasses de 500 pions, le flagellent avec des montres de prix, totalement déglinguées après ce traitement (pas lui, il a encore de la ressource, les tocantes, par contre....rolex c'est plus ce que c'était) "c'est d'la merde c'que tu nous a refilé! dans dix jours, ça n'aura plus cours! procure nous d'la dope si tu veux vivre, vieux chnoque, ou ton temps est révolu!"
le tout dans une atmosphère étrange de sacrifice païen, de quimbois ou de santeria, on voit d'ailleurs une fatou qui convulse dans son coin, à coté d'une marmite au contenu louche
notre spationaute réprime le cri d'angoisse qui lui monte à la bouche, il recule dans l'ombre , silhouette capuchée disparue aussitôt qu'entrevue, une ombre parmi les ombres
il prend à rebours le chemin, se perd encore dans le dédale des caves, sans trouver son Eurydice, mais la cherche-t-il encore? et qu'est ce qui me prend de faire des phrases pareilles?
à main droite s'ouvre une autre cave, un diverticule qui résonne d'une furieuse bacchanale, sur des cartons souillés de pisse de chien et de vomi de clodos est maintenue une femme, de puissants mâles riches en mélanocytes secouent leurs priapes dardés au dessus de son visage,, on l'entend couiner "c'est vraiiiii, dans les villes petites et moyennes, on m'a supplié d'importer plus de sub sahariens, croyez moi, c'est vrai!!!!" ses mots se perdent dans le fracas des biffles qui claquent sur ses joues creusées et dans les vociférations des participants "nous c'qu'on voulait c'était pas montargis, c'était les chanzé! ou , à la rigueur saintrope!"
plus loin un body guard, a des problèmes de conscience, il a laissé son boss en proie à la faune urbaine des bonlieu
mais qu'aurait il bien pu faire, lui seul?
il stoppe le scoutaire le long d'un espace vert dévasté, depuis longtemps reconverti en dépotoir où viennent occasionnellement ruminer les moutons en attente de l'aïl des frittes
d'ailleurs il n'a plus de benzine dans le réservoir de son T max (les pompes, ça marche à la léttrichité et la léttrichité, les jours de fin du monde....)
il fouille dans le top case du scouta
il en retire un rigoustin calibré féroce, un stetchin, du 9mm
et pas du sans plomb, espère!
le holster en polycarbonate, les chargeurs de rechange, ça lui pèse à la ceinture mais bon, il s'engage sur le sentier de la guerre, silhouette débonnaire et anonyme, blouson de moto en tissu, bloudjine passe partout et capuche rabattue sur le faciès, il marche, marche, marche, tentant de se souvenir de la topographie des lieux lorsque son passager a vidé des étriers, un indice? un bouton de manchette en gold (qui porte encore des poignets mousquetaire de nos jours sinon des folles magnifiques, des mages afwicains parvenus et des cols blancs au sommet de la pyramide?) attire son regard, à partir de là, les cailloux du petit poucet ne manquent plus, une manche de costard gris anthracite déchirée, plus loin un derby isolé, noir et bien ciré, de grande marque, juste à l'entrée du couloir des caves d'une barre fraîchement reconstruite
et là l'égérie à mouton mort sur la tête qui ressort, la juppaille encore troussée haut, mais l'air pas trop ravie
le body guard, pourtant blasé, lève un sourcil "d'habitude il les choisit plus sveltes" la fille l'attaque raide comme balle "et ki c'est cui là? et kes ki fait là cui là? où kil se croit cui là?"
merdasse! la cubique va donner l'éveil!
dégainer et la kébra? elle va pousser les hauts cris....la coxer d'un coup sur l'occiput? encore faut il en faire le tour, dans ce couloir étroit c'est pas gagné...il choisit de la séduire, à la façon des técis ( son quart de sang sud-méditerranéen par sa grand mère l'aide à comprendre ces choses), engage donc la conversation avec un madrigal bien tourné (il se souvient de son cours "infiltration en milieu hostile" lors de l'exercice "ronces" aux temps bénis où il ne jouait pas les scoutairistes) qui laisse la mémère de glace
le bide complet
en face le ton monte, forcément
ou alors c'est un genre d'approbation?
et derrière la cubique, d'autres têtes se montrent, la situasse va devenir chaude d'ici peu, il cherche du regard les issues, nib, c'est devant lui, à savoir derrière le groupe
résigné il empoigne le stetch, clac clac, il dégage les deux premiers gonziers, en face ça riposte à coup de kalache, même maniées par des attardés des tarterêts ça dégomme surtout dans un lieu aussi confiné , il en morfle une dans la cuisse, comme un coup de marteau, il réplique, full auto, à si courte distance le 9 mm c'est pas du 7,62 , ça fait le vide autour de lui, au bout de peu il reste maître du terrain, il s'approche de la fatou, miraculeusement épargnée (une bastos dans la mamelle droite une autre dans le prose) pourtant elle couine comme un journaliste vronzais lorsque les couilles se mettent à pousser à la flicaille
"où est le gros, le petit gros avec le casque, celui en costard? vas y , jactes, ou je te finis lentement"
la mémère, encore assourdie par les détonations, embrumée par la toche et engourdie par la douleur, peine à répondre, mais dûment secouée elle parvient à glisser "la cave, au bout"
"spaci" rétorque le type et il la dépêche d'une bastos en plein thorax, puis, geignant et boitant, laissant derrière lui une trainée de sang, il gagne la cave en question
évidemment, son client (à lui confié par les autorités les plus hautes) l'attend, la bouche ouverte et la gueule tordue (une des expressions favorites de mon père, ça fait trente ans que je l'avais plus employée) les yeux exorbités, bref toutes les apparences de la mort
"merde, croire en sa mission et vouloir la réussir qu'ils disaient, regarde moi cette merde...."
même sans plus personne à qui rendre compte, ça reste un échec
et blessé avec ça, en séton peut être mais blessé quand même
il lui reste les chargeurs de rechange (en angluche on dit "magazines") la toche dont il a délesté les poches des allongés, la kalache dont le chargeur est vide, la culpabilité d'avoir failli à son devoir, pas grand chose pour commencer une nouvelle existence
d'autant qu'avec l'extinction qui vient ça va être court, la nouvelle existence
c'est à cet instant que thomas (vous allez dire que je fais la fixette sur lui, bon, il a été utile au début je n'en disconviens pas, mais je m'y suis attaché, comme une espèce rare, un objet transitionnel en quelque sorte) sort de son trou, il avait suivi l'affaire de loin, était revenu sur ses pas (c'est vaste et labyrinthique, les técis), s'était enfoui sous des cartons lorsqu'il avait entendu la pétarade, mais là, un blanc, ou presque, sûr de lui et dominateur, qui a réussi à faire refluer la piétaille qui lui aurait fait un mauvais sort (et quel reflux! dans l'autre monde, s'il vous plaît) ça lui paraît jouable
il prend donc la parole "sans vouloir commander, que se passe-t-il ici?"
*
Approche la vraie date fixée par le facétieux Tétragramme pour la fin de Gaïa -- car l'univers indifférent, lui, ne sera pas anéanti. Inconscients de ce que l'échéance fatale est bien plus proche qu'ils ne le croient, les peuples persévèrent dans leurs stratégies d'oubli, avec plus ou moins de succès. Si l'ambiance générale, chaotique, est aux excès et aux désordres, une sorte d'atonie finit par gagner même les plus enragés quand, privés des merdias qui les conditionnaient, ils se mettent à réfléchir dans la mesure de leurs faibles capacités intellectuelles.
C'est ("Enfin !" disent certains) le fameux retour du religieux. La Mauvaise Nouvelle ayant été proclamée sur toute la surface de la Terre, le catholicisme le plus strict, le plus réactionnaire, le plus intransigeant est reconnu pour seul vrai, et les conversions, généralement intéressées, se multiplient. Bergoglio et ses mignons ont été chassés du Vatican, les traîtres jésuites ont été anéantis par les désormais célèbres Commandos Tradis de la maison Saint-Athanase. "Sédévacantiste", d'inconnu et de moqueur, est devenu un terme élogieux. Personne, pas même un plaisantin, n'a osé s'asseoir sur le trône de Pierre qui reste vide, terriblement vide -- l'expression "de plus en plus sédévancatiste" ne fait plus sourire, dont l'énoncé même sur un ton plaisant est la garantie de finir sur un bûcher improvisé. Les producteurs de *Game of Thrones* ayant suggéré de tourner en hâte une mini-série intitulée *Game of Peter's Throne* ont été traqués et capturés par des foules qui, enthousiastes, ont ressuscité quelques vieilles pratiques de l'Inquisition -- le supplice des blasphémateurs a été diffusé sur les derniers sites Internet fonctionnant encore, par un miracle que nul ne s'explique, mais en basse résolution, pour épargner la bande passante.
Des groupes autoproclamés The Librarians s'introduisent dans les librairies et les bibliothèques, publiques ou particulières, pour y récupérer les ouvrages consacrés au saint Suaire -- *L'empreinte du Ciel* de Monteilhet est particulièrement recherché. Les derniers prêtres authentiquement catholiques -- autant dire les derniers tradis -- sont pourchassés par des foules qui exigent des messes à l'ancienne avec chants en grégorien, espérant gagner ainsi quelques points de rédemption et abréger leur séjour au Purgatoire -- certains, naïfs, espèrent même échapper aux Enfers qu'ils ont pourtant bien mérité. Les DVD du feuilleton *Supernatural* deviennent de véritables Evangiles -- un phénomène qu'avaient d'ailleurs prévu les producteurs dans une mise en abysme astucieuse. L'épisode "culte" qui montre un Satan pourtant bien affaibli avoir facilement raison des principaux Dieux anciens tourne en boucle sur tous les écrans publics jadis voués aux réclames.
Subsistent évidemment des zones chaotiques, surtout dans ce qui reste de la France. Les derniers sites d'Internet, alimentés par une énergie angélique sur ordre du Tétragramme (qui est, on le sait grâce à *Supernatural*, un grand lecteur), diffusent les chroniques du Chaos rampant rédigées avec fièvre, enthousiasme et génie par un mystérieux Kobus van Cleef, dont les textes ont séduit Dieu Lui-même ainsi qu'un large public heureux d'y trouver une distraction en attendant l'anéantissement final. Le salut traditionnel "As-tu été vacciné" a d'ailleurs été remplacé par "As-tu lu le dernier épisode de *Signé van Cleefax* ?"
De fait, toutes les religions autres que le catholicisme ont, presque instantanément, perdu leurs fidèles : élus de la première alliance, mahométans, protestants, écolos, pastafariens, chtulhistes et randiens ont compris leur erreur, souvent de très mauvaise grâce. Ceux, peu nombreux, qui ont tenté de devancer l'appel en se tuant pour échapper au sort commun ont une très mauvaise surprise : sur ordre du Tétragramme, la Mort n'envoie plus ses Faucheuses recueillir les âmes. C'est l'origine des premiers et derniers zombies authentiques.
Si les progressistes, schwabiens, hidalgogoliens, mitterandiens et autres macronistes persistent dans leur foi, c'est parce qu'ils ont toujours refusé les leçons du réel et qu'ils n'ont aucune raison de changer. Seules la Wicca et l'Eglise de Satan résistent, pour d'évidentes raisons, et même gagnent des disciples : les recueils de prières au Diable font recette, et celui qui possède *Le Diable* de Papini ou le moindre ouvrage d'Anton Szandor LaVey ou d'Aleister Crowley devient instantanément un guide pour les derniers égarés.
A l'abri dans leurs bunkers, Schwab, ses maîtres et ses complices, enfin revenus de leur stupeur initiale (ils n'ont jamais vraiment cru à leurs propres délires satanistes qui avaient pour seule fonction de les distinguer du commun des mortels en franchissant toutes les limites) ne décolèrent pas. Echouer si près du but leur est de plus en plus intolérable. Plusieurs générations de frères mondialistes ont tout sacrifié pour la réussite de l'opération Tabula Rasa, et alors que le succès est enfin en vue, l'intervention de l'Adversaire de l'Adversaire les prive des bénéfices qu'ils avaient si longtemps attendus. L'attaché de presse Laurent Alexandre leur avait pourtant promis qu'ils seraient tous des dieux immortels, par la grâce sanctifiante de leur argent ! C'est vrai, ils ne comprenaient rien aux sciences et techniques mises en oeuvre pour parvenir à ce beau résultat grâce au Mystère Informatique du Cloud et de l'Intelligence Artificielle, mais ils n'avaient pas à être intelligents, puisque leurs meilleurs employés l'étaient pour eux. Incultes, ces sociopathes de bas niveau se rêvaient une fierté patricienne, bien mise à mal par l'annonce du Grand Reset Divin.
Les anciens maîtres des deux mondes -- l'ancien, qu'ils étaient parvenus à détruire, et le nouveau, qui serait enfin à leur convenance, composé d'une poignée de maîtres et de quelques millions d'esclaves -- enragent, impuissants malgré leurs milliards : les exécutants n'avaient pas été trop doués, qui avaient été incapables de fournir un virus tueur conforme au cahier des charges, et même de truquer de manière vraisemblable les nombres de malades et de morts. Les substances administrées aux cobayes sous prétexte de les soigner n'étaient pas aussi efficaces que prévu. Pire encore, leur *modus operandi* basé sur le modèle informatique était si évident que des résistants, heureusement fort rares et peu écoutés, avaient révélé le complot des davosiens et ses implications meurtrières. Ceux qui voulaient savoir pouvaient savoir, mais ils étaient en si petit nombre... Au reste, aucun être humain moyen ne pouvait imaginer que les tarés au pouvoir envisageaient froidement une Solution Finale pour les neuf dixièmes d'une humanité surnuméraire. Sauf que maintenant, tout le monde est au courant. Une chance d'avoir prévu des bunkers.
Quoi qu'il en soit, Schwab ne trouvait plus si drôle la facétie classique d'un physicien ayant trouvé la température qui régnait en Enfer -- il n'en saisissait pas les calculs, évidemment, mais le sens général suffisait à ce qui lui tenait lieu de sens de l'humour, assez germanique. Alors qu'il confiait, sous le sceau du secret le plus absolu, son inquiétude à son secrétaire Ben Roubi, celui-ci, qui avait beaucoup lu de science-fiction dans sa jeunesse, murmura ces deux mots : *Black Easter*.
*
Black easter
Il faut dire aussi que Schwab est assez chenu et un peu dur d'oreille
Aussi, ça sonne à son ouïe comme "allister" "alasdair" ou "black listed"
Black listed il connaît, il a fait black listé des centaines, que dis je, des milliers de types qui valaient mieux que lui et qui ont fini dans la misère
Mais alister ? Et alasdair ?
Un écossais, probablement
Il va interroger son secrétaire particulier mais l'idiot a trouvé moyen de défunter
Il faut dire que les bounquaires sont assez chenus aussi, ils datent des temps heureux où la chuiche se figurait pouvoir repousser une invasion Hallemande ( mais pourquoi l'Hallemagne aurait elle envahi la chuiche ? lorsque la concorde règne entre votre banquier et vous,nul besoin de le contraindre) et comme tels,mal entretenus ( un comble pour la légendaire propreté chuiche) avec plein de bactéries dans les filtres de la ventilation ( on est à l'abri, sous une montagne, il faut donc renouveller l'air) des plaques de béton qui fissurent et un circuit lektrik qui fait des arcs lorsqu'on met le contact
Ce sont ces trois facteurs ( infection pulmonaire à legionella, doublée d'une électrocution en tentant d'allumer la lumière des chiottes, triplée d'un parpaing sur la trogne en poussant la porte des dits chiottes, bloquée par la rouille) qui font que ben roubi, le secrétaire particulier de Schwab, défunte juste après avoir prononcé ces deux mots "Black easter"
Pendant ce temps, Thomas a pu poser sa question à l'inconnu
Que se passe-t-il ici ?
Et l'autre lui répond"mais qui t'es,toi, pour pas savoir ce qui se passe ? Toulmonde est au courant, sauf les rabzouilles évidemment, et toi, t'as l'air d'un souchard, je me trompe ?"
Pris au dépourvu par cette rafale d'évidences qu'il avait toujours tues dans son subconscient ( plus jeune, il voulait être noir,mesurer deux mètres et être basquetteur) Thomas ne peut que bégayer
"Approche, plus près, si tu m'aides à sortir d'ici, je t'aide en retour,ouine ouine comme on dit en angluche, ou coopération opérationnelle, comme on disait à l'école"
Et là, Thomas n'y tiens plus "quelle école ?"
"Saint Cyr, ça s'entend pas ? Et toi ?"
"Ben,sup aéro"
"Ho putain, on n'est pas sortis du chaudron.... bon, blessé, désarmé, perdu, ça va quand même être à moi de prendre l'initiative.... faisons l'inventaire de nos possessions, établissons un plan, étudions la topo du coin, comme d'hab, quoi"
Bien, nous avons un cent de cartouches pour mon rigoustin, zéro pour le tien mais avec un peu d'audace on pourra s'en procurer en délestant un hostile, une paire de chaussures pour deux mais dans les cadavres à côté on va trouver ta pointure, plus une blessure pour moi
Il faudrait un plan du kortier, de quoi me soigner, se reposer, se sustenter, s'hydrater, prendre les tours de garde, tout bien
Le mec récite sa leçon péniblement ingurgitée à l'école
Thomas n'y tiens plus, on est loin de la nature lisse décriée par ses prédécesseurs
Que s'est-il passé, bon gû ? Si c'est la kriz ekonomik comment ça se fait que ce soit allé si vite ? Avec émeutes,coups de feu, j'ai personnellement en personne été poursuivi par un hélicoptère sans marquage
Innocent, tu ignores donc tout de l'actu ? D'où viens-tu ?
De là haut, répond Thomas, tout faraud
Hé bien, c'est de là haut que tout vient aussi, le démiurge a décidé d'arrêter les frais, couper le robinet, fermer les vannes,barrer l'accès
Bref c'est la fin du monde, que tu viennes d'en haut ou d'en bas ( comme on voit,l'ex cyrard a du mal à rester rationnel, la blessure, je pense, il commence à grelotter, faudrait pas traîner pour le soigner)
Impossible que le démiurge aie décidé ça, j'aurais su, j'étais à côté,100 bornes au dessus de l'ionosphère, j'ai vu personne
Il se rend compte que le cyrard se pince un peu, il l'allonge, les jambes relevées, un point de compression sur la plaie, qui,du coup, ne saigne plus mais pulse, et réveille le blessé
Maal, putain, ça fait maaal, envoie la toche des rebeux, juste un oinj, ça va me calmer
Le bout du tarpè grésille, il aspire la méfu, il soupire, trouve une farme dans le kortier, des antibio,du fil, des ciseaux, des anesthésiques locaux, et reviens fissa
Pendant ce temps, bien au delà de l'ionosphère, le démiurge a fort à faire avec ses collègues et néanmoins amis
Ils viennent en représentation lui chanter pouilles
"Écoute, collègue, on n'a rien contre tes préventions, cependant, c'est l'humanité qui nous honore, qui nous prie, si tu liquides toulmonde, il restera plus personne pour pratiquer nos cultes,t'y as pensé à ça ?"
Entité supérieure convient que non, pas du tout
Et un débat s'engage
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