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16/06/2019

Jeunes

Le malin plaisir de Jacques Bertin (12 février 1998)

Le jeunisme

Et qu'est-ce que vous avez à dire aux jeunes?

Vous devriez davantage écrire en pensant aux jeunes, me dit quelqu'un. Mon dieu, où avais-je la tête? Mais c'est qu'en principe je n'ai rien à dire aux jeunes en particulier. Et donc je ne pratique pas le jeunisme, cette religion des temps actuels.

Oui, c'est une religion. Nous sommes une société sans croyance, où la seule pensée à partager, c'est que rien n'est absolu, que l'Homme n'existe pas... Nous savons désormais, nous autres sociétés, que nous sommes mortelles, hein, alors, cette découverte fait que la nôtre n'a rien à pérenniser. Et donc rien à transmettre. Et vos médias vous disent chaque jour la leçon de la société libérale: y'a qu'le produit qui se vend qu'est bon! Celui qui échoue n'existe pas! Façon triviale de faire de la métaphysique: l'idéal est réduit au concret, le mythe à l'immédiat. Faut pas perdre son temps ni ses émotions! L'Homme n'existe pas: y'a plus qu'des clients. Après nous le déluge!

Le jeune est le prêtre de cette idéologie de la nullité dynamique. Dans la mesure où on n'a rien à transmettre aux chers petits, on les entoure de cajoleries veules. Il faut s'adresser aux jeunes, révérer les jeunes, ne pas les contredire, ne rien leur imposer, ne rien leur opposer, ni leur expliquer, aimer leurs goûts, leur absence de goût, leurs stars, leurs foucades...

Or vous avez peut-être remarqué que, comme par hasard, la grande période du jeunisme coïncide avec l'essor des industries culturelles, audiovisuelles et de loisirs. Dans les trente dernières années, tout ce qui pouvait faire écran entre le jeune et la consommation de masse a été moqué, ridiculisé, ringardisé. Toutes les structures intermédiaires d'éducation, de prise en charge, de filtre aux "besoins" ou aux goûts nouveaux a été ringardisé par les agents médiatiques du show-biz. Évidemment, on va plus vite à balancer un sarcasme qu'à monter un projet éducatif! Educatif? A quoi bon, à l'époque moderne -où le jeune est en prise directe avec le monde par la télé et internet, et même en temps réel , tout ça...- à quoi bon des mouvements d'éducations populaire, des associations de jeunesse, toute ce maillage de la société, "l'embrigadement"... Soyons jeunistes! "Qu'est-ce que vous souhaiteriez apprendre au lycée?" était l'une des questions d'un questionnaire officiel récemment distribué aux élèves de l'éducation nationale. Voilà le jeune investi prêtre d'un culte dont il ne sait rien: un ignorant, tout étonné d'être là. Vaguement content, un peu inquiet... Le jeunisme met le jeune seul, tout seul, sans intermédiaire, devant les injonctions de la société marchande. Et seul, face au rouleau compresseur des industries culturelles: de toutes façons, la discussion sur la beauté (vous savez bien que la beauté est relative, n'est-ce pas...) est depuis longtemps remplacée par l'évidence sociologique (absolue, elle): Machin a du succès, donc il "correspond à quelque chose", il "a su symboliser son époque". Le goût n'existe plus; mais les engouements, oui.

Bon, si je n'ai rien de spécial à dire aux jeunes, j'ai quelque chose à dire à mes congénères. Je trouve qu'il serait bien que nous exprimions davantage, amis quinquagénaires, nos certitudes, nos choix, notre foi. Il est temps d'oser dire à quoi nous croyons. Il me semble urgent de sortir de nos poches percées nos valeurs, nos idéaux, nos passions.

C'est pour cela qu'avec une certaine solennité, me tournant vers cette immense FNAC qu'est le monde à venir, je proclame ceci: à vous, les jeunes, je vous dis merde.

Jacques Bertin

 

Commentaires

Le débiteur devient le créditeur avec la maladie du jeûnisme, carence de la dimension de la dette symbolique à l'égard de l'Autre! :) l'accent circonflexe prend tout son sens! juste un p'tit accent, comme quoi, ça tient à peu de chose!

Écrit par : Catherine | 17/06/2019

Ceci n' est pas un commentaire ;-) , je rends à Louis Pauwels -l'admirable- ce qui lui revient ! et à Montherlant donc !

http://lepeuple.be/mort-il-y-vingt-ans-louis-pauwels-avait-vu-juste/87880

http://alaindaumer.over-blog.com/article-le-jeunisme-d-apres-montherlant-122839037.html

Écrit par : EQUALIZER | 17/06/2019

Catherine > J'avoue ne pas comprendre le sens de votre commentaire.

EQUALIZER > Curieux personnage que ce Pauwels, belle plume, courageux, plutôt de notre bord, mais aussi capable de se fourvoyer dans l'ésotérisme et de participer à véhiculer les fadaises sur le nazisme et l'occulte.

Écrit par : Pharamond | 18/06/2019

Est-ce le même Jacques Bertin ?


https://youtu.be/5HMe7fugbNM

Écrit par : bedeau | 19/06/2019

Le débiteur, c'est le jeune mais ce jeune-là se croit libéré de toute dette envers les générations précédentes, bref, il s'imagine pouvoir faire table rase du passé, forcément ça a des conséquences et c'est tout ce que nous voyons autour de nous. Bref, le sida mental si bien décrit plus haut!

Écrit par : Catherine | 19/06/2019

Ne vous inquiétez pas, la jeunesse est une maladie dont on guérit très vite :-)

Le jeunisme est un phénomène occidental, mais au niveau franco-franchouillard, le pauvre jeune (et non le djeune, qui est son parasite, voire son prédateur naturel) n'est pas gâté: toujours trop jeune ou trop diplômé pour qu'on lui confie un job, certain de ne pas avoir de retraite alors que ses grands-parents ont passé plus d'années de leur vie inactifs qu'actifs, jamais assez fiable pour qu'on lui accorde de quoi financer ses projets, pas assez "diversifié" pour mériter, si ce n'est la complaisance, au moins le droit à l'erreur, condamné à la colocation quasi-à vie par un marché immobilier soviétisé...

Il a fait du RN (premier parti chez les jeunes héhé!) une force politique avec qui compter sous les glaviots de tout le Camp du Bien, il se sait déclassé par rapport aux générations précédentes (et pas qu'au niveau économique), est persuadé que la situation sera encore plus dégradée pour ses enfants s'il en a un jour, et on s'étonne qu'il quitte le pays pour des horizons meilleurs?

Cette fuite des cerveaux (de la jeunesse en fait) est un drame majeur, bien entendu moins médiatisé que le fabuleux enrichissement des Bac -10 qui viennent massivement combler ce vide.

Écrit par : Benway | 19/06/2019

Catherine > La question est qui a donner ce pouvoir aux jeunes et pourquoi ?

Benway > Justement non, à notre époque miraculeuse nous n'en guérissons plus, chirurgie, coaching, produits miracles nous permet de "rester jeunes" très longtemps dans nos têtes, incapables d'éduquer les générations futures par notre refus d'être adultes.

Je ne plains pas cette jeunesse qui se complet dans le Système et rit quand on l'insulte par conformisme. La fuite des cerveaux reste une fuite.

Écrit par : Pharamond | 20/06/2019

@Pharamond: Padamalgam! Le jeune qu'on nous vend par mille moyens vicieux n'est pas le vrai jeune, de même que la femme qu'on nous vend par les mêmes biais n'est pas la vraie femme, etc etc...

Les jeunes "médiatisés" n'ont rien à voir avec cette catégorie (à laquelle j'espère encore appartenir:-)) de gens qui essaient de prospérer la tête haute dans un environnement particulièrement hostile; je ne plains personne (à chaque génération son combat après tout) mais même si je n'imiterai jamais leur choix , je peux comprendre ceux qui préfèrent élever leur progéniture en des contrées plus riantes, et peut-être, qui sait, poser là-bas les fondations d'une Nouvelle France que les anglais ne nous pourriront peut être pas ^^ ...

...et puis il y a les tarés irrécupérables qui restent au pays comme votre dernier commentateur (à ce que j'ai lu, tout le monde s'est mis à pratiquer le non-commentaire ici ;-)) pour des raisons (forcément) nauséabondes!

Écrit par : Benway | 26/06/2019

(*% LURKER_MODE OFF *)
@Benway : Avec les projets de Foutriquet 2.0 pour museler le méchant Internet, le non-commentaire et même l'absence de tout commentaire, cela va devenir *vital*. Autant s'entraîner. ;-)
Serais-je jeune que je partirais. La rubrique des faits divers de fdesouche est éclairante. Et comme je le disais à des copains ricains, nous n'avons, contrairement à eux, aucun moyen de défense.
(*% LURKER_MODE ON *)

Écrit par : Blumroch | 26/06/2019

Benway > Ma profession me fait côtoyer des jeunes, des lycéens pour être précis, et je peux vous dire que cela fait mal au cœur de voir que malgré la propagande délétère ils gardent une naïveté, une curiosité, une vraie "générosité", mais bien vite ils sont happés par la "vie" et se plient aux règles par soumission au groupe, parce qu'on ne leur laisse pas le choix, parce que le matraquage idéologique est quotidien, parce qu'il faut très tôt être dans la course, etc. Ces "monstres" ce sont les adultes qui les ont fabriqués, ils n'en demeurent pas moins des monstres dangereux tant que les choses seront comme elles le sont actuellement.

Je n'ai pas d'enfant, trop de risque de les voir devenir des complices ou des victimes du Système, comme disait un commentateur ;-)
Les contrées plus riantes vers lesquelles fuient... pardon... s'investissent sont souvent anglophones et n'ont rien d'une Nouvelle France.

Écrit par : Pharamond | 26/06/2019

@Pharamond : Citation en forme de bonne raison, et non commentaire :
"Je ne veux point me marier, dit-il, dans la crainte d’avoir un fils qui me ressemble. Comme j’étais surpris, vu que c’est un très-honnête homme ; oui, dit-il, oui, dans la crainte d’avoir un fils qui, étant pauvre comme moi, ne sache ni mentir, ni flatter, ni ramper, et ait à subir les mêmes épreuves que moi."
Evidemment, le culte des ancêtres, seule religion raisonnable, en prend un coup ; mais le commentateur que vous citez a bien raison. ;-)

Écrit par : Blumroch | 26/06/2019

C'est à peu près cela, reste à savoir si je suis un honnête homme... mais je m'y attelle ;-)

Écrit par : Pharamond | 26/06/2019

Qui a donné ce pouvoir aux jeunes me demandez-vous Pharamond et pourquoi?

Diable, sacrée question que celle-là!

Comme si je pouvais y répondre, moi, qui ne suis rien.

Néanmoins, je m'essaie à y penser et à formaliser en tâtonnant, forcément.

Je pense d'abord que c'est un trait d'écume d'un long et bien lent processus qui s'est amorcé avec la levée des impossibles. Des gens comme Deleuze, Foucault, etc... qui professèrent non plus le droit au bonheur mais le droit à la jouissance. Et tout à suivi sur ce terrain-là. Des femmes à qui l'on faisait croire qu'en s'aliénant au travail elles allaient devenir libres, la perdition de toute autorité, de toute référence, de tout savoir, bref la liquidation de tout le substrat sur lequel nous reposions nos pieds jusqu'alors. Plus de terre sur laquelle nous poser. Un affaiblissement général , émotionnel, intellectuel et spirituel. Alors forcément quand l'homme ( du point de vue générique) n'a plus d'attache solide, bref plus de colonne vertébrale,plus d'axe, il est rampant et donc il s'accroche à ce à quoi il peut s'accrocher, parce qu'il est faible et n'a plus aucune assurance interne. Comme il doute d'être quelqu'un, alors il veut s'entendre dire qu'on l'aime et il est prêt à tout pour se l'entendre dire. Quel est le parent aujourd'hui, qui vivant sans cesse dans la tension peut s'entendre dire par ses enfants qu'il est haïssable car il est limitant. Je regarde autour de moi, j'en vois bien peu. J'ai travaillé en psy, j'ai quand même une expérience professionnelle qui me fait dire que c'est pas courant de mettre des limites. Or, je tiens, pour une véritable maltraitance que de n'apporter aucune limite aux jeunes.Du coup, c'est très anxiogène car il n'y a pas de borne, et si tout est possible alors rien n'est possible comme le disait si bien quelqu'un. Forcément, les enfants qui poussent sur ce terreau-là croient pouvoir faire table rase de tout. Ils s'imaginent être les maîtres dans la toute puissance dans laquelle ils ont baigné. Mais c'est un leurre et le réel vient nous le rappeler d'une façon cruelle. Tout le monde ne peut qu'être malheureux dans une telle configuration. Les parents, les professeurs, les jeunes eux-mêmes tout le monde est en recherche d'invariants résistants sur lesquels ils pourront buter et donc rebondir possiblement. C'est le ferment d'une possible liberté, sinon c'est l'asservissement généralisé. Comme il n'y a plus rien qu'une inconsistance immatérielle toutes les pulsions agressives s'expriment...C'est d'hommes forts dont nous avons besoin et notre époque réclament des âmes fortes capables de poser des non, alors seulement parce que le non est possible le oui, prend tout son sens. J'en veux pour preuve, les femmes qui subissent une rupture de dignité en elle-même car elles n'ont pas un non intérieur, un non qui soit protecteur, comme elles ne l'ont pas, elles se défendent et deviennent des harpies. Bref, une structure sociétale n'est que l'addition de toutes les petites actions et leur répétition. A force de se répéter, elles créent une structure, un cadre.

Écrit par : Catherine | 26/06/2019

Pour résumé je dirai que les "jeunes" tels qu'ils sont devenus sont le fruit de l’incontournable connivence de la gauche et du capitalisme alliés paradoxaux mais soudés contre nous. Ici la première a voulu donné de l'importance aux opprimés du monde des adultes et briser ainsi la puissance de ceux-ci, voix forcément passionnante et régénérante, et le deuxième a trouvé chez eux, et grâce à l'émergence de la société de consommation une nouvelle zone de chalandise avec de nouveaux produits, zone dont les "habitants" sont influençables et capricieux, le bonheur pour les marchants.

Écrit par : Pharamond | 27/06/2019

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