30/09/2026
Pépiements (614)
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"S’il fallait résumer la logique clouscardienne, on pourrait dire : il n’y a pas de libération individuelle qui ne soit inscrite dans un rapport social. Le "désir" n’est jamais pur, jamais innocent : il est structuré par des conditions matérielles, par des industries, par des normes, par des circuits de distribution. Là où tant d’intellectuels ont fait du désir un horizon de liberté, Clouscard y voit une fabrique d’assujettissement. La modernité, selon lui, n’est pas un processus d’émancipation, mais une ingénierie subtile qui remplace les anciennes coercitions par des excitations sans fin. La télévision, puis la publicité, puis la mode, puis les réseaux sociaux – il n’a pas connu ces derniers, mais il les avait déjà décrits – sont autant de machines orientées, non vers la connaissance, mais vers la captation de l’attention. Clouscard est de ceux qui pensent que le plaisir peut être une prison […] il est un des rares penseurs à avoir saisi que le pouvoir ne s’exerce plus seulement sur les corps, mais sur les désirs. La domination n’est plus répressive, elle est émancipatrice ; elle ne contraint plus, elle incite ; elle ne dit plus "Tu dois", mais "Fais-toi plaisir". Dans un monde saturé de stimulations, où la liberté se confond avec l’option, où l’individu croit s’émanciper en consommant davantage, Clouscard est une bouffée d’air critique, une ligne de fracture dans le récit euphorique du progrès." Thomas Hennetier, « La leçon de Michel Clouscard. Naissance du capitalisme festif », in la revue éléments n°221, août-septembre 2026. |
Source : Raison gardée
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